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Ti. Gutta [1]

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Ti. Gutta est connu principalement par le Pro Cluentio de Cicéron[1] où il apparaît comme un juge présumé corrompu du procès d’Oppianicus de 74. Nous n’avons aucune indication sur une éventuelle magistrature, mais son appartenance au jury est une preuve de son rang sénatorial[2]. C’est un nom peu courant, porté par trois personnages dans nos sources : notre sénateur, un capouan qui participa à la guerre civile aux côtés des marianistes[3] et un candidat au consulat de 52[4]. F. Münzer, dans sa notice de la Realencyclopädie, refusait l’identification de ces trois personnages, cependant la rareté du nom fit supposer que le capouan marianiste et le sénateur de 74 devaient être parents[5]. Cette rareté laissait aussi entendre qu’il s’agissait d’un homo nouus[6], si bien qu’on a très vite songé à un sénateur syllanien[7]. De si forts soupçons de corruption pesèrent sur les juges du procès d’Oppianicus qu’ils furent vite décriés[8]. Les censeurs de 70[9], lors de leur sévère purge du Sénat, décidèrent de blâmer deux de ces juges, Ti. Gutta et M’. Aquillius[10] afin de répondre aux attentes de l’opinion[11]. Par l’emploi du verbe subscripsere pour décrire l’action des censeurs, Cicéron fait directement allusion à la nota accolée au nom. Cette dernière donnait le motif de la sanction, très probablement une exclusion du Sénat[12]. Cela est confirmé par l’information fournie par Cicéron selon laquelle furti et captarum pecuniarum nomine notauerunt, ei non modo in senatum redierunt[13], ce qui présuppose une exclusion préalable. De ces trois textes, nous apprenons que Ti. Gutta fut exclu du Sénat en 70 parce que les censeurs considéraient qu’il avait été corrompu lorsqu’il avait exercé les fonctions de juge en 74[14]. Cependant Cicéron précise également que Ti. Gutta fut condamné de ambitu, sans donner malheureusement la date[15]. F. X. Ryan a bien démontré que cette condamnation, si elle avait eu lieu avant 70 comme le proposait M. C. Alexander[16], aurait certainement figuré dans la nota des censeurs et Cicéron n’aurait pas manqué d’en parler afin d’alléger le soupçon de corruption et d’affirmer ainsi la culpabilité d’Oppianicus[17]. F. X. Ryan en conclut que Ti. Gutta fut condamné de ambitu entre 69 et 66, soit d’après la lex Cornelia soit d’après la lex Calpurnia. Il déduit ensuite du retour au Sénat attesté par Cicéron que Ti. Gutta brigua une magistrature après la censure, fut élu et revint grâce au ius s. d. au Sénat, avant d’être finalement condamné pour cette campagne[18]. Ce même passage de Cicéron indique également que Ti. Gutta fut acquitté dans un procès pour sa corruption de 74. Il aboutit à la reconstruction suivante : sénateur avant 74, peut-être recruté par Sylla, il fut exclu du Sénat par les censeurs de 70, accusé pour corruption mais acquitté en 70-69, élu à une magistrature en 69 (questure probablement, peut-être la seconde) et condamné à sa sortie de charge en 67‑66, après être revenu au Sénat. S’il fut condamné e lege Calpurnia, alors il perdit de nouveau sa place au Sénat, en revanche s’il le fut e lege Cornelia, il se voyait interdit d’exercer une magistrature pendant dix ans, sans être pour autant exclu du Sénat pendant ce laps de temps[19]. Un Gutta apparaît de nouveau cette fois dans la correspondance de Cicéron comme candidat au consulat de 52 bénéficiant du soutien de Pompée[20]. F. Münzer refusait l’identification (supra) et fut suivi par L.-A. Constans et ensuite par D. R. Shackleton Bailey. Ces deux savants s’étonnaient du revirement de Pompée en faveur d’un inconnu pour une charge aussi importante que le consulat en ces années troubles et proposèrent de faire de Gutta un sobriquet de P. Plautius Hypsaeus ou de Metellus Scipio, concurrents de Milon au consulat[21]. F. X. Ryan proposa néanmoins d’identifier notre sénateur de 74 avec ce candidat en s’appuyant sur la rareté du nom et en attribuant les dix années d’absence de la vie politique justement à la condamnation de Ti. Gutta d’après la loi Cornelia[22]. Interdit d’exercer une magistrature en 67, il aurait revêtu la préture en 56 ou 55 et pourrait ainsi briguer le consulat pour 52. Cependant cette hypothèse est très fragile. Ti. Gutta ne semble pas être un personnage politique important et, s’il avait été condamné pour brigue e lege Cornelia, il aurait disparu pendant dix années de la scène politique. Une telle absence aurait trop fortement terni sa réputation et amoindri ses liens avec les autres aristocrates pour pouvoir relancer sa carrière. Surtout, nous ne voyons pas pourquoi Pompée aurait soudainement décidé de le supporter alors qu’il soutenait auparavant des personnages de plus grande envergure[23]. Nous préférons donc suivre L.-A. Constans et D. R. Shackleton Bailey. En conclusion, Ti. Gutta était un sénateur, peut-être syllanien, sûrement homo nouus, juge au procès d’Oppianicus en 74 au cours duquel il fut soupçonné de corruption. Exclu du Sénat par les censeurs de 70 pour ce motif, il fut cependant acquitté peu après lors d’un procès pour corruption, puis, en 69, brigua et obtint une magistrature, certainement la questure ou le tribunat. Il fut accusé et condamné de ambitu à sa sortie de charge en 67-66 sans que l’on sache d’après quelle loi et donc s’il fut de nouveau exclu du Sénat. Nous perdons alors sa trace puisqu’il ne peut être identifié avec le candidat au consulat de 52 et que les sources ne nous donnent aucune information sur un éventuel descendant. [1] Les diverses occurrences du nom n’offrent aucune variation, seul le prénom a subi des corruptions dans les manuscrits ainsi en T. ou Titi ou encore Ti Ti dans Cic., Cluent., 98 ou T. au § 127. [2] Ainsi MRR, 2, p. 491. [3] K.-L. Elvers, Neue Pauly, 5, 1998, col. 14, [1] ; Badian 1964, p. 60, n° 7. [4] K.-L. Elvers, Neue Pauly, 5, 1998, col. 14, [2]. [5] Wiseman 1964, p. 127. [6] Wiseman 1971, p. 234, n° 199 ; Gruen 1974, p. 202 et 521. [7] Gabba 1951b, p. 270 le classe parmi les « senatori sillani meno securi » ; Badian 1958, p. 247 ; Nicolet 1966-1974, 1, p. 586. [8] Cic., Cluent., 71 ; 75 ; 78 ; 103 et 127 ; Ps. Ascon., p. 216 St. pour Ti. Gutta. [9] Cn. Cornelius Lentulus Clodianus et L. Gellius Publicola : cf. MRR, 2, p. 126-127 et Suolahti 1963, p. 458‑464. [10] Cic., Cluent., 127 ; Schol. Pers. 2, 19. Cf. notice n° 21. [11] Willems 1885, 1, p. 417. [12] Cic., Cluent., 119 ; 120 et 127. Cf. Bur 2018, chapitre 4.5. [13] Cic., Cluent., 120. [14] Willems 1885, 1² p. 418. [15] Cic., Cluent., 98 et 103 ; Quint., Inst. Or., 5, 10, 108. [16] Alexander 1990, p. 80-81, n° 161 [17] Ryan 1996a, p. 199. Zumpt 1871, p. 528 datait déjà le procès de ambitu de 67. [18] Ryan 1996a, p. 199-200 à partir de Cic., Cluent., 120. [19] Cf. Bur 2018, chapitres 11.3-4. [20] Cic., Q. F., 3, 6, 6 de novembre 54 = Shackleton Bailey, CLQ, n° 26. [21] Ascon., p. 30 C. Constans 1940, p. 257 préfère identifier Gutta avec Hypsaeus tandis que Shackleton Bailey, CLQ, loc. cit. et 1991, p. 26 reste indécis entre les deux candidats. Il propose également de corriger Gutta en Cotta, ce qui désignerait alors M. Aurelius Cotta, le gouverneur républicain de la Sardaigne de 49, bien que ce dernier ne soit pas attesté comme candidat au consulat de 52. [22] Ryan 1996a, p. 200. [23] Les candidats proches de Pompée étaient Q. Caecilius Metellus Pius Scipio Nasica, dont le nom est déjà éloquent : F. Münzer, RE, 3/1, 1897, col. 1224‑1228, n° 99 s. v. Caecilius et MRR, 2, p. 234-235 pour l’élection au consulat ; P. Plautius Hypsaeus, F. Münzer, RE, 21/1, 1951, col. 16-18, n° 23 s. v. Plautius.
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