D. Laberius [3]
收藏DataCite Commons2026-01-02 更新2026-05-04 收录
下载链接:
https://nakala.fr/10.34847/nkl.aa7e8s3x
下载链接
链接失效反馈官方服务:
资源简介:
D. Laberius était un mimographe de la fin de la République. Il apparaît dans nos sources principalement dans l’épisode des ludi Victoriae Caesaris de l’automne 46[1] et la plupart de nos informations sur lui proviennent de ce qu’il nous livre à cette occasion. Il se dit sexagénaire ce qui permet de supposer qu’il était né vers 106[2]. Chevalier romain, il affirme avoir été dénué d’ambition et avoir refusé des largitiones, c’est-à-dire selon C. Nicolet des occasions de s’élever socialement[3]. Il préféra s’adonner à l’écriture de mimes et connaissait vraisemblablement un grand succès comme en témoignent les craintes de Cicéron sur les railleries que Trebatius pourrait subir[4]. Nous avons conservé plus d’une centaine de citations d’une quarantaine de pièces différentes marquées par une continuité avec aussi bien la togata et la palliata que l’atellane[5]. Lorsqu’en 46, Publilius Syrus défia tous les autres auteurs de mimes au cours des jeux de César, il visait donc tout particulièrement Laberius[6]. Apparemment, Laberius avait relevé le défi et composé une petite pièce[7], mais, à la surprise générale, César l’invita à la jouer lui-même sur scène et lui promit 500 000 sesterces[8]. Laberius, bien qu’il sût que la comédie était une activité infamante indigne d’un chevalier[9], accepta[10].
Les motivations de César et de Laberius ont donné lieu à de nombreux débats. Laberius, qui s’était opposé à Clodius quelques années auparavant[11], était peut-être un adversaire de César, voire un républicain convaincu que le dictateur aurait voulu humilier. Toutefois les jeux de 46 virent aussi la première apparition de chevaliers dans l’arène[12] et, avec la performance de Laberius, nous aurions un ensemble organisé par César afin de rehausser l’éclat de ses jeux en offrant au peuple romain des spectacles inédits. Seul maître de Rome, il affichait ainsi son pouvoir et sa supériorité par rapport au reste de l’aristocratie[13]. Quant à Laberius, il subissait une contrainte forte comme le révèlent ses sous-entendus sur la necessitas[14]. Toutefois, ainsi que le laisse entendre Macrobe, l’auteur de mimes était peut-être tout autant poussé par son besoin de satisfaire le public et de remporter la victoire sur son rival, Syrus, pour atteindre la gloire littéraire[15]. Enfin, le don colossal promis par César pouvait aussi le décider, lui qui avait peut-être des soucis financiers et dont le dilemme aurait pu être soit de perdre son rang faute de posséder le cens requis, soit en montant sur scène[16]. En tout état de cause, il est difficile de trancher sur ce qui incita Laberius à accepter la proposition de César, en dehors de la simple crainte de représailles.
Une fois sur scène pourtant, Laberius n’hésita pas à lancer plusieurs piques contre le dictateur, certaines très explicites[17]. Finalement, le public accorda sa préférence à Syrus et César suivit son avis et proclama la victoire de l’affranchi sur le chevalier romain[18]. Néanmoins, le dictateur accorda à Laberius ce qu’il lui avait promis, 500 000 sesterces, et y ajouta en outre l’anneau d’or[19]. Ce dernier point, et les plaintes de Laberius sur sa déchéance[20], méritent toute notre attention. En effet, à peine monté sur scène, dans son prologue, Laberius affirme qu’il a perdu le rang équestre. Le chevalier romain était conscient d’accomplir un acte incompatible avec son statut et qu’il serait tôt ou tard exclu pour cela de l’ordre équestre. Cette exclusion était d’autant plus inévitable que la promesse de don de César pouvait apparaître comme un salaire et qu’alors Laberius aurait été payé pour monter sur scène[21]. Mais ce qui est intéressant est qu’ici il n’y a ni censeurs, ni tribunal pour prononcer la radiation, seulement le public et César. Ce dernier, en tant que dictateur, avait le droit de retirer le cheval public à Laberius mais, d’après nos sources, il ne le fit pas. En revanche, il lui rendit la dignité équestre en lui octroyant l’anneau d’or[22]. Ainsi que l’avait remarqué J.-C. Dumont, « César abaissant et relevant le même homme fait montre de toute sa puissance (peut-être aussi de sa clémence après les nombreuses piques de Laberius), le spectacle est dans l’orchestre et non plus sur scène »[23]. Pourtant, la dégradation ne fut jamais officialisée, elle n’était qu’une épée de Damoclès planant au-dessus de la tête de Laberius. La sanction était en réalité si imminente qu’elle était presque déjà prise. Laberius avait été, selon les termes d’Aulu-Gelle, ignominiatus[24], c’est-à-dire qu’il avait été humilié publiquement, de façon incontestable, devant une large fraction du peuple romain et notamment de son aristocratie[25]. En montant sur scène à la suite de la promesse de 500 000 sesterces, Laberius s’était déshonoré à tel point qu’il se retrouvait infâme bien que l’infamie ne fût pas encore prononcée officiellement par une autorité compétente. Cependant la restitution opérée par César attestait de l’imminence de la dégradation et de son inéluctabilité, elle la prononçait et l’effaçait en même temps.
Le dernier acte de notre épisode révèle la force du discrédit dont souffrait Laberius. Alors qu’il quittait la scène et cherchait à regagner sa place, les chevaliers l’empêchèrent de s’asseoir parmi eux[26]. Pendant qu’il errait ensuite dans les gradins, Cicéron lui adressa un trait d’esprit, qui visait sans doute plutôt César, auquel il fit une réplique cinglante[27]. Laberius avait été restitué et il regagnait, malgré sa honte, les bancs réservés à l’ordre équestre depuis la lex Roscia theatralis de 67[28]. Cependant les chevaliers osèrent s’opposer à une décision de César en refusant de l’accepter. Plutôt que d’être solidaires d’un des leurs victime du dictateur, ils firent front afin de répondre à l’offense que leur ordre avait subie à travers Laberius et de préserver sa dignité en en maintenant les critères d’exclusion[29]. Après l’échange avec Cicéron, il est probable que Laberius ait quitté le théâtre. Il mourut en 43[30] sans que l’on sache s’il avait été accepté au sein de l’ordre équestre depuis les jeux de 46. Nous ne lui connaissons aucun descendant.
En conclusion, malgré la situation, Laberius, humilié par sa prestation, fut refusé par ses anciens pairs bien que César, alors maître de Rome, lui eût rendu son rang. Pourtant, aucune instance n’avait prononcé son exclusion, seule l’attitude des autres chevaliers lui déniait son statut. L’épisode de Laberius constitue donc un exemple précieux sur l’infamie attachée aux professions de la scène et sur la complexité du processus d’actualisation de l’infamie.
[1] Cic., Fam., 12, 18, 2. Contra Carcopino 1990 [1935], p. 475 en particulier n. 1 est le seul à placer l’épisode en 45 et à dater la lettre de Cicéron du même moment.
[2] Macr., Sat., 2, 7, 3.
[3] Nicolet 1966-1974, 2, p. 919-920 en particulier n. 4.
[4] Cic., Fam., 7, 11, 2.
[5] P. L. Schmidt, Neue Pauly, 6, 1999, col. 1030‑1031, [I 4].
[6] Macr., Sat., 2, 7, 7.
[7] Giancotti 1967, p. 176. Dumont 2004, p. 244 considère que César organisa une sorte de concours. À lire Macrobe, il semble plutôt que l’initiative vint de Syrus et reçut sans doute l’approbation de César qui voyait là un moyen d’accroître l’intérêt de ses jeux.
[8] Sen. Rhet., Contr., 7, 3 (18), 9 ; Suet., Iul., 39, 2 ; Macr., Sat., 2, 7, 2.
[9] Ses lamentations sur scène montrent qu’il était conscient des conséquences de son acte : Macr., Sat., 2, 7, 3. Sur l’infamie attachée à la comédie, voir Bur 2018, chapitre 17.1.3.
[10] Outre les textes de Sénèque le Rhéteur, Suétone et Macrobe déjà signalés, Till 1975, p. 264 considère que audirem Laberi […] poemata de Cic., Fam., 12, 18, 2 est la preuve que Laberius était monté sur scène.
[11] Macr., Sat., 2, 6, 6.
[12] Suet., Iul., 39, 2 ; D.C., 43, 23, 4-5.
[13] Sur ce point, nous nous permettons de renvoyer à notre article Bur 2011.
[14] Macr., Sat., 2, 7, 3. Cf. Giancotti 1967, p. 177.
[15] Giancotti 1967, p. 180 et 185 ; Dumont 2004, p. 246.
[16] Giancotti 1967, p. 180 et Dumont 2004, p. 246.
[17] Macr., Sat., 2, 7, 4-5.
[18] Macr., Sat., 2, 7, 8.
[19] Suet., Iul., 39, 2 ; Macr., Sat., 2, 3, 10 et 2, 7, 8.
[20] Macr., Sat., 2, 7, 3.
[21] Sur l’infamie liée aux métiers de la scène, voir Bur 2018, chapitre 17.1.3.
[22] Sen. Rhet., 7, 3, 9 ; Suet., 39, 2 ; Macr., Sat., 2, 7, 8. Cf. Nicolet, loc. cit. ; Demougin 1984 et 1988, p. 48-52.
[23] Dumont 2004, p. 245.
[24] Gell., 8, 15.
[25] Sur le sens d’ignominia voir Bur 2018, chapitre 4.6.
[26] Sen. Rhet., Contr., 7, 3 (18), 9.
[27] Macr., Sat., 2, 3, 10. Cf. Schwartz 1948 qui a montré quel était le trajet de Laberius en quittant la scène et que Cicéron raillait alors le nouveau Sénat recruté par le dictateur et les faveurs accordés aux Syriens.
[28] Depuis 67, la lex Roscia theatralis réservait les quatorze premières rangées de sièges à l’ordre équestre tandis que les sénateurs occupaient l’orchestre : Vell., 2, 32, 3 et Ascon., p. 78 C. Cf. Kolendo 1981 ; Ville 1981, p. 433-436 ; Clavel-Lévêque 1984 ; Golvin 1988.
[29] Giancotti 1967, p. 196 et Dumont 2004, p. 248.
[30] Hier., Chron., p. 157 Helm.
提供机构:
NAKALA - https://nakala.fr (Huma-Num - CNRS)
创建时间:
2026-01-02



