L. Licinius L. f. Lucullus [103]
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L. Licinius Lucullus, fils du consul homonyme de 151[1], épousa Caecilia Metella, la sœur de Q. Caecilius Metellus Numidicus[2], et fut le père du grand Lucullus à qui Plutarque consacra une de ses Vies parallèles. Dans l’incipit de celle-ci, le biographe grec présente les origines familiales de son héros et ne mentionne son père qu’à propos de sa condamnation. Préteur urbain ou pérégrin en 104, L. Lucullus fut chargé de réprimer la révolte servile en Sicile comme propréteur en 103[3]. Diodore le présente comme un mauvais général[4] et, d’après Florus, il perdit même son camp face aux esclaves rebelles du pâtre Athénion[5]. Ses échecs eurent lieu alors que Rome était dominée par les populares Saturninus et Glaucia qui menaient une lutte féroce contre l’oligarchie sénatoriale. Aussi, à son retour, Lucullus fut-il accusé et condamné d’après les témoignages de Plutarque et de Diodore[6]. Son beau-frère, Metellus Numidicus, refusa d’être un de ses laudatores, parce qu’il connaissait également l’accusateur, C. Servilius Vatia[7]. Seul Plutarque signale le chef d’inculpation, mais il utilise pour cela un terme vague : κλοπή.
A. W. Zumpt considérait qu’il s’agissait d’une accusation de repetundis, d’une part parce que Lucullus avait été corrompu d’après Diodore qui parlait de δωροδοκία[8], et, d’autre part, parce que Plutarque désigne ailleurs par κλοπή une accusation portée devant la quaestio de repetundis que présidait Cicéron[9]. Cependant, le terme est utilisé à deux autres reprises par Plutarque et à une occasion par Appien pour désigner un délit s’approchant plutôt du péculat[10]. D’ailleurs, E. Famerie écrit que « le substantif κλοπή désigne surtout le vol préjudiciable au bien commun, au trésor public »[11], ce qui renverrait plutôt au péculat. Aussi suivons-nous l’opinion de la majorité des historiens qui acceptent que Lucullus fut condamné de peculatu en 102 ou 101[12]. Il fut peut-être l’un des premiers à comparaître devant la récente quaestio de peculatu instituée par une loi inconnue peu après le procès de Q. Servilius Caepio[13]. L’affaire de l’or de Toulouse avait pu inciter les populares de rendre permanente la quaestio extraordinaria mise en place à cette occasion[14]. Condamné de peculatu, Lucullus dut restituer le quadruple des sommes détournées et subit sûrement différentes conséquences infamantes, dont l’exclusion du Sénat et des honneurs et la perte de certains droits judiciaires[15]. Tout cela était vraisemblablement en partie repris de la loi de Glaucia qui avait introduit ces sanctions pour les repetundae en 104[16].
En revanche, il n’est pas certain que Lucullus partît en exil comme on l’affirme souvent[17], d’autant plus que, contrairement à ce qu’avançait A. W. Zumpt, la peine n’était pas capitale[18]. L’exil est habituellement inféré de deux passages. Le premier est la comparaison que fait Diodore entre Lucullus et son successeur, C. Servilius, qui fut condamné à l’exil : διὸ καὶ ὁμοίως Λουκούλλῳ ὕστερον φυγῇ κατεδικάσθη[19]. Diodore voulait rapprocher les destins des deux commandants successifs en Sicile, mais rien ne dit que le chef d’accusation et la peine étaient les mêmes. Le second provient du Pro Archia dans lequel Cicéron rapporte que le poète aurait accompagné Lucullus en Sicile et aurait ensuite bénéficié de son soutien pour obtenir la citoyenneté d’Héraclée où ils s’étaient arrêtés sur le chemin du retour[20]. Cependant, un Lucullus condamné à Rome pouvait-il mettre à profit sa gratia et surtout son auctoritas au service d’un ami ? Ces précisions de Cicéron prouvent, à notre avis, que l’épisode se tint avant le procès, lorsque l’auctoritas de Lucullus était encore intacte. Il n’est donc pas possible d’en déduire que Lucullus était parti en exil à Héraclée[21]. Par conséquent, nous pensons que Lucullus resta à Rome après sa condamnation, à moins qu’il ne préférât s’éclipser momentanément pour échapper à l’humiliation et au climat violent qui se développait dans la Ville. Cette condamnation mit certainement un terme à sa carrière puisqu’il n’atteignit pas le consulat.
Néanmoins, cette affaire n’empêcha pas ses deux fils, L. Licinius Lucullus Ponticus et M. Terentius Varro Lucullus, de devenir consuls en 74 et 73 respectivement, eux qui avaient inauguré leur carrière en obtenant la condamnation de l’accusateur de leur père[22].
[1] F. Münzer, RE, 13/1, 1926, col. 373-375, n° 102 s. v. Licinius ; P. Nadig, Neue Pauly, 7, 1999, col. 166, [I 24].
[2] Cic., Verr., 2, 4, 147 ; Sen., 37 ; Quir., 6 ; Plut., Luc., 1, 1.
[3] MRR, 1, p. 559 et 564.
[4] D.S., 36, 8.
[5] Flor., 2, 7, 11.
[6] D.S., 36, 8, 5 et Plut., Luc., 1, 1.
[7] Cic., Verr., 2, 4, 147 ; Vir. Ill., 62, 4. Cf. Gruen 1968, p. 177-178 et David 1992, p. 702 et 718.
[8] Zumpt 1865-1869, 2/2, p. 79 et 1871, p. 475 n. 2.
[9] Plut., Cic., 9, 2.
[10] Plut., Arist., 4, 4 ; Per., 32, 3-4 ; App., Syr., 212.
[11] Famerie 1998, p. 292.
[12] F. Münzer, RE, 13/1, 1926, col. 375 ; MRR, 1, p. 564 ; Gruen 1968, p. 177 et 307 ; Mantovani 1989, p. 218 ; Alexander 1990, p. 35 ; David 1992, p. 702 et 718 ; P. Nadig, Neue Pauly, 7, 1999, col. 166. Seul Badian 1984b, p. 62 n. 26 estime qu’il est préférable de déduire de κλοπή une accusation de repetundis.
[13] Cf. notice n° 178.
[14] Cf. Bur 2018, chapitre 12.5.
[15] Cf. Bur 2018, chapitre 12.5.
[16] Cf. Bur 2018, chapitre 10.7. Par conséquent, si on préférait considérer que Lucullus avait été condamné de repetundis, alors il aurait subi des conséquences infamantes similaires.
[17] En ce sens Zumpt 1871, p. 475 ; Drumann et Groebe 1908, p. 214 n. 5 ; F. Münzer, RE, 13/1, 1926, col. 376 ; MRR, 1, p. 564 ; P. Nadig, Neue Pauly, 7, 1999, col. 166. En revanche, Alexander 1990, p. 35-37 ne signale pas d’exil alors qu’il l’indique pour C. Servilius.
[18] Zumpt 1871, p. 475.
[19] D.S., 36, 9, 1.
[20] Cic., Arch., 6.
[21] Alexander 1990, p. 36 n. 3 doute également de l’exil à Héraclée pour des raisons lexicologiques.
[22] Voir surtout Cic., Ac., 2, 1 et Plut., Luc., 1, 2. David 1992, p. 745-746 et 753-754.
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