Scribes accusés par Caton d'Utique
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Dans sa biographie de Caton d’Utique, Plutarque, qui transmet l’image de l’incorruptible aristocrate républicain, rapporte une affaire mettant aux prises Caton et deux scribes anonymes[1]. Ces derniers connaissent un destin différent, mais nous préférons par commodité étudier les deux ensemble. L’épisode se déroule en 64 lors de la questure de Caton[2]. Les scribes étaient des personnages à la lisière de l’ordre équestre, jouissant de relations privilégiées avec les aristocrates romains ainsi qu’en témoigne ce récit[3]. Le point de départ est une dispute entre Caton et l’ordre des scribes qui mena le descendant du Censeur à lancer une offensive en poursuivant quelques appariteurs[4].
Le premier scribe fut accusé de fraude dans une affaire de succession[5]. À cette date, le procès se déroulait devant la quaestio de falsis instaurée par Sylla et la peine prévue par la lex Cornelia testamentaria nummaria était l’interdiction de l’eau et du feu[6]. Plutarque, en rapportant l’exclusion du Trésor du scribe, indiquerait donc seulement une conséquence du bannissement. Cependant, son choix d’une telle périphrase est d’autant plus surprenant que préciser que Caton le fit exiler aurait été plus élogieux pour ce dernier et aurait été en accord avec l’âpreté de la lutte entre le questeur et les scribes qu’il décrit. Autrement dit, l’exclusion du Trésor pourrait être plutôt la seule peine qui le frappa, ou du moins la peine la plus significative (il se vit peut-être infligé également une amende par exemple). Dans ce cas, l’appariteur était peut-être accusé pour une faute non pas privée mais liée à l’exercice de sa fonction[7], de même que le second scribe. Il s’agirait alors d’un procès disciplinaire comparable à celui de D. Matrinius[8], devant des magistrats choisis et dont la conséquence serait l’exclusion des décuries de scribes.
Nous sommes mieux renseignés sur le procès du second scribe. Le motif indiqué par Plutarque, « négligence coupable », ne peut que désigner un procès disciplinaire à propos de l’exercice même de la charge de scribe. À bien des égards, le procès de ce scribe ressemble à celui de Matrinius[9]. Ce dernier avait bénéficié de la défense de Cicéron tandis que notre personnage reçut l’appui d’un censeur en charge, Q. Lutatius Catulus[10]. L’épisode offre à Plutarque l’occasion de faire l’éloge de Caton qui osa donner des leçons de morale, lui simple questeur, à un censeur[11]. Malgré sa virulence, Caton était sur le point d’arracher la condamnation à une seule voix de majorité, lorsque le censeur envoya chercher un juge absent pour qu’il vînt, par son suffrage, donner l’acquittement[12]. Ainsi, le scribe échappa à la condamnation et à l’exclusion de la décurie des scribes, mais ne parvint pas à éviter la honte du procès qui, en raison de l’altercation entre Caton et Catulus, dut provoquer un large scandale. La réplique cinglante de Caton fut certainement assez largement diffusée et, malgré l’acquittement, le jeune questeur refusa de manière ostentatoire d’employer un scribe qu’il jugeait indigne de sa charge[13]. Si le scribe gardait sa place, il éprouva sans doute des difficultés à être choisi par les magistrats qui, en s’associant à un personnage mal famé, auraient eu un comportement suspect. Aussi, peut-être que, comme le suppose M. Corbier, les deux scribes furent-ils contraints de démissionner[14].
En conclusion, il est possible que le premier scribe fût condamné dans un procès disciplinaire et exclu de la décurie des scribes. Cependant, le second fut acquitté et n’eut à souffrir que d’une mauvaise réputation qui pouvait entraver l’exercice de sa profession bien qu’il conservât sa charge.
[1] Plut., Cat. Mi., 16, 6-10.
[2] MRR, 2, p. 163 et 3, p. 170.
[3] C’est ce qu’a montré J.-M. David au cours des nombreuses séances de son séminaire doctoral de l’université Paris 1 consacrées aux appariteurs et dont les résultats vont paraître prochainement.
[4] Plut., Cat. Mi., 16, 1-5.
[5] Plut., Cat. Mi., 16, 6.
[6] D. 48.10.33. Cf. Bur 2018, chapitre 12.3.
[7] De par ses fonctions, le scribe pouvait avoir accès à des documents utiles pour régler des successions et il aurait ainsi participé à une forgerie au bénéfice d’un tiers, touchant une commission.
[8] Cf. notice n° 79.
[9] Cf. notice n° 79. David 2012, p. 273 indique toutefois qu’il ne semblait pas exister de procédure fixée pour les cas de ce genre.
[10] Plut., Cat. Mi., 16, 6. Le scribe pouvait avoir servi Catulus lors d’une de ses magistratures, la questure probablement puisque Caton semble s’en prendre à la décurie des scribes questoriens, voire même le servir durant sa censure puisque les scribes questoriens étaient aussi employés par les censeurs.
[11] Plut., Cat. Mi., 16, 7-8.
[12] Plut., Cat. Mi., 16, 9.
[13] Plut., Cat. Mi., 16, 10.
[14] Corbier 1974, p. 675.
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NAKALA - https://nakala.fr (Huma-Num - CNRS)
创建时间:
2026-01-02



