P. Cornelius Sulla [386]
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P. Cornelius Sulla, parent du dictateur[1], commença sa carrière en s’enrichissant lors des proscriptions lancées par ce dernier[2] et en installant une colonie de ses vétérans à Pompéi en 80[3]. On suppose une préture en 68 au plus tard[4] puisqu’il fut élu consul par toutes les centuries en 66[5], mais il fut immédiatement accusé de ambitu par son concurrent, L. Manlius Torquatus, assisté de son fils[6], et condamné[7]. Contrairement à P. Autronius Paetus, lui aussi consul désigné et accusé[8], il ne tenta pas d’empêcher le procès de se tenir[9] et en accepta l’issue, en se retirant volontairement à Naples[10]. Condamné d’après la lex Calpurnia de ambitu, il fut exclu du Sénat et rendu inéligible[11]. Son frère, L. Caecilius Rufus[12], tribun de la plèbe en 63[13], proposa une loi dont l’une des conséquences aurait été la réhabilitation de Sulla et, peut-être aussi de Paetus[14]. Toutefois, elle fut refusée par le Sénat, à la demande même de Sulla, le préteur Q. Metellus s’exprimant en son nom à la curie. Cette précision de Cicéron, mandatu Sullae[15], atteste que Sulla n’appartenait plus désormais au Sénat mais qu’il y conservait néanmoins des amis.
En raison de sa condamnation, il aurait peut-être rejoint la conjuration de Catilina puisque Salluste le mentionne parmi les participants à la réunion de juin 64[16]. Cependant, bien qu’il y figure à titre de membre de l’ordre sénatorial, J. Linderski a déjà montré que Salluste signalait ici par ce titre ceux qui appartenaient ou avaient appartenu au Sénat[17]. Cela n’indique donc en rien une modification de la peine prévue par la lex Calpurnia de ambitu ou une éventuelle réhabilitation en 65 ou 64. Pour ses liens avec Catilina et les conjurés, Sulla fut de nouveau accusé par L. Torquatus, fils de l’adversaire de 66, de ui cette fois, mais grâce à la défense de Cicéron et d’Hortensius il fut acquitté[18]. Quelques années plus tard, sa maison servit de quartier général aux troupes de Clodius dans sa lutte contre Milon[19], ce qui pourrait indiquer un rapprochement avec César.
En 54, il participe à la vague d’accusations contre A. Gabinius en le poursuivant de ambitu[20]. Cette accusation jugée facile (Cicéron, Att., 4, 18, 2, précise « quem P. Sulla non dubitans quin foris esset ») devait très probablement lui permettre de retrouver sa dignité d’après la lex Calpurnia de ambitu[21]. Torquatus tenta d’obtenir l’accusation sans doute pour empêcher le retour de Sulla au Sénat qui, grâce aux praemia, pourrait prendre la place de consulaire de Gabinius et redevenir ainsi un adversaire dangereux[22]. Gabinius fut cependant acquitté[23] et Sulla ne fut pas réhabilité.
Nous savons qu’il se rangea dans la guerre civile du côté de César, qu’il servit comme légat en 48 au siège de Dyrrachium puis à Pharsale en 47[24]. Il profita de nouveau des événements pour s’enrichir de sorte qu’il mourut, fin 46 – début 45, sans être regretté[25]. Son fils, P. Cornelius Sulla[26], qui avait ému les juges en 62[27] et assisté son père dans l’accusation de Gabinius en 54[28], n’est pas connu autrement.
[1] Cicéron (Off., 2, 29) le désigne comme propinquus tandis que Dion Cassius (36, 44, 3) en fait le neveu de Sylla.
[2] Cic., Off., 2, 29 et Cic., Sull., 72 qui rappelle la modération de Sulla qui réussit à sauver la vie de certains par son influence auprès du dictateur lui permettant de gagner de nombreuses créances de gratia.
[3] MRR, 2, p. 82 d’après Cic., Sull., 60-62.
[4] MRR, 2, p. 141 n. 4.
[5] Cic., Sull., 91.
[6] Alexander 1990, p. 101, n° 201 ; David 1992, p. 785.
[7] Cic., Sull., 49-50 ; Sall., Catil., 18, 2 ; Liv., Perioch., 101, 3 ; Ascon., p. 75 et 88 C. ; Suet., Iul., 9, 1-2 ; D.C., 36, 44, 3 ; Schol. Bob., p. 79 St.
[8] Cf. notice n° 159.
[9] Cic., Sull., 15.
[10] Cic., Sull., 17 et 74.
[11] Cf. Bur 2018, chapitre 11.4.
[12] F. Münzer, RE, 3/1, 1897, col. 1232, n° 110 s. v. Cornelius.
[13] Niccolini 1934, p. 266-272 ; MRR, 2, p. 167 d’après CIL, 1², 2, 761 = Dessau, ILS, 880.
[14] Cic., Sull., 62-65 ; D.C., 37, 25, 3.
[15] Cic., Sull., 65.
[16] Sall., Catil., 17, 3. MacGushin 1977, 1977, p. 124 affirme, quant à lui, qu’il s’agit d’un autre Sulla et ne pense donc pas que P. Sulla ait été en relation avec Catilina.
[17] Linderski 1963.
[18] Alexander 1990, p. 114-115, n° 234 ; David 1992, loc. cit. ; F. Münzer, RE, 4/1, 1900, col. 1520, n° 386 s. v. Cornelius fait remarquer que ni Salluste ni les historiens postérieurs n’en firent un conjuré et lie cela au verdict du procès de 62. Vretska 1976, 1, p. 292 suppose au contraire que Sulla devait certainement avoir participé à la conjuration. Notons que cette participation contraste avec le refus de la loi proposée par son frère début 63 et son retrait à Naples, mais ces deux informations sont issues du plaidoyer de Cicéron justement pour prouver son innocence dans cet épisode de la conjuration.
[19] Cic., Att., 4, 3, 3.
[20] Alexander 1990, p. 148-149, n° 304 d’après Cic., Q. F., 3, 3, 2 ; Att., 4, 18, 3-4.
[21] F. Münzer, RE, 4/1, 1900, col. 1521, n° 386 s. v. Cornelius ; Alexander 1985, p. 29 ; David 1992, loc. cit. ; cf. Bur 2018, chapitre 11.4.
[22] Fantham 1975, p. 436-437 montre que P. Sulla devait viser une condamnation automatique à la suite de l’exil provoqué par la condamnation de maiestate. En effet une condamnation de ambitu pour des faits remontant à cinq ans était très peu probable. Torquatus aurait voulu empêcher cela mais n’avait pas de véritable motif pour accuser Gabinius, en conséquence Sulla remporta la diuinatio.
[23] Cic., Att., 4, 18, 4.
[24] Caes., Civ., 3, 51, 1 ; 3, 89, 2 et 99, 4 ; App., BC, 2, 76 ; Cic., Att., 11, 21, 2 et 22, 2.
[25] Cic., Off., 2, 29 ; Fam., 15, 17, 2 et 19, 3.
[26] F. Münzer, RE, 4/1, 1900, col. 1521, n° 387 s. v. Cornelius ; David 1992, p. 893.
[27] Cic., Sull., 88-89.
[28] Cic., Q. F., 3, 3, 2.
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