C. Claudius Ti. f. Ti. n. Nero [246]
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C. Claudius Nero est l’arrière-petit-fils du célèbre Ap. Claudius Caecus, le petit-fils de Ti. Claudius Nero[1] et le fils d’un Tiberius inconnu. Issu d’une famille prestigieuse, il mena une brillante carrière qu’il commença comme tribun militaire sous M. Livius Salinator en 219[2] puis en 214 comme légat de Marcellus[3]. Préteur en 212 et propréteur en 211, il dirigea le siège de Capoue[4]. Il fut ensuite envoyé en Espagne pour remplacer les Scipions tombés face aux Puniques[5]. Il était donc un personnage de premier plan et le Sénat réussit à le convaincre d’exercer le consulat pour 207 avec M. Livius qui était un de ses adversaires[6]. Ensemble ils remportèrent la bataille du Métaure contre Hasdrubal et réussirent ainsi à isoler Hannibal en Italie. Leur collaboration se poursuivit avec la censure en 204 au cours de laquelle ils exclurent sept sénateurs et où Livius créa un impôt sur le sel pour remédier aux difficultés financières de Rome[7]. L’entente se rompit brutalement lors de la recognitio equitum lorsque Nero prit la décision de priver son collègue de son cheval[8]. Pour se venger de cet affront, Salinator retira à son tour le cheval public à Nero lorsqu’ils arrivèrent à sa tribu.
Plusieurs questions se posent à propos de cet épisode très certainement déformé par Tite-Live bien qu’il soit notre meilleure source dont s’inspirèrent aussi bien Valère Maxime que Dion Cassius. Tout d’abord les motifs invoqués par chaque censeur pour punir son collègue. Nero s’appuya sur la condamnation de Livius par le peuple bien des années plus tôt tandis que ce dernier prétexta le faux témoignage porté contre lui à cette occasion et un second mensonge puisque Nero avait fait croire au peuple qu’il s’était réconcilié avec Livius[9]. Si les causes, qui apparemment se répondent, sont tout à fait crédibles, il est surprenant, en revanche, que chaque censeur n’ait pas apposé son veto pour bloquer la procédure d’exclusion puisque l’accord des deux magistrats était nécessaire pour toute sanction. Cependant, il est fort probable que le censeur n’intervenait pas lors de l’examen de son propre cas, aussi chacun d’eux respecta cette règle tacite et en accepta les conséquences[10].
À la suite de l’exclusion mutuelle de l’ordre équestre, la dispute se poursuivit et Nero fit de son collègue un aerarius[11]. La situation n’en resta pas là puisque Salinator, sous le coup de la colère, alla jusqu’à reléguer parmi les aerarii trente-quatre des trente-cinq tribus parce qu’elles l’avaient déclaré coupable, alors qu’il était innocent, et que malgré cette condamnation, elles l’avaient ensuite élu au consulat[12]. En reléguant presque la totalité du peuple romain, Salinator répliquait aussi à son collègue puisqu’il en faisait un aerarius[13]. Tite-Live précise même que la dégradation infligée à Nero appartenait au blâme collectif et que Salinator, ne pouvant infliger deux fois le même blâme, n’avait pas engagé une procédure individuelle[14]. J. Suolahti a proposé de voir dans la relégation des trente-quatre tribus une stratégie de l’absurde de Salinator qui permettrait d’aboutir à un abandon des dégradations de part et d’autre[15]. En effet, lorsque la dispute atteignit son paroxysme, le Sénat empêcha Cn. Baebius, un tribun, d’intervenir et décida d’agir pour mettre fin à cette folie[16]. Tite-Live nous dit : ea res consensu patrum discussa est[17]. On comprend traditionnellement ce passage comme l’annulation de la dernière mesure de Salinator, la relégation parmi les aerarii des trente-quatre tribus. Cependant ea res peut désigner l’ensemble de la dispute et donc des mesures prises durant celle-ci. Si Nero échappa ainsi à l’exclusion de l’ordre équestre et à la relégation parmi les aerarii, sa censure amoindrit néanmoins sa réputation[18]. L’épisode le présenta aux yeux de tous les Romains comme un homme rancunier et colérique. Néanmoins, il fit partie d’une ambassade en Égypte en 201[19], signe qu’il jouissait toujours d’un certain prestige[20]. En outre Ap. Claudius Nero[21] était peut-être son fils et si tel est le cas, sa carrière montre qu’il ne souffrit pas de l’épisode.
[1] F. Münzer, RE, 3/2, 1899, col. 2776, n° 248 s. v. Claudius.
[2] Cf. notice n° 51.
[3] MRR, 1, p. 261
[4] MRR, 1, p. 267 et 274 ; Brennan 2000, 2, p. 685 et 727.
[5] MRR, 1, p. 280 et Brennan 2000, 2, p. 686.
[6] MRR, 1, p. 294. Cf. notice n° 51.
[7] MRR, 1, p. 309 ; Suolahti 1963, p. 329-331.
[8] Liv., 29, 38, 8-9 et Perioch., 29, 19 ; Val. Max., 2, 9, 6 ; D.C., 17, 71. Pour Salinator, voir la notice n° 51.
[9] Liv., 29, 37, 9 et Perioch., 29, 19 ; Val. Max., 2, 9, 6.
[10] Cf. Bur 2018, chapitre 2.3.
[11] Cf. notice n° 51.
[12] Cf. notice des 34 tribus n° 75.
[13] Liv., 29, 37, 15 et Perioch., 29, 20 ; Val. Max., 2, 9, 6 ; D.C., 17, 71.
[14] Liv., 29, 37, 15.
[15] Suolahti, loc. cit.
[16] Cf. notice sur les 34 tribus n° 75.
[17] Liv., 29, 37, 17.
[18] Liv., 29, 37, 17 parle d’inuidia.
[19] MRR, 1, p. 321.
[20] Cela contredit l’hypothèse de Suolahti 1963, p. 330 qui considérait que Salinator et Nero étaient des hommes finis après leur censure. Si effectivement ils ne revêtirent plus de charge importante, c’est surtout parce que l’un et l’autre avaient atteint le sommet du cursus honorum.
[21] F. Münzer, RE, 3/2, 1899, col. 2774, n° 245 s. v. Claudius ; K.-L. Elvers, Neue Pauly, 3, 1997, col. 10, [I 16].
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2026-01-02



