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Q. Servilius Q. f. Cn. n. Caepio [49]

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Q. Servilius Caepio est le fils de Q. Servilius Caepio, le consul de 140[1], et d’après les déductions de G. V. Sumner il serait né vers 152[2]. De 129 à 126 il est légat en Asie sous M’. Aquillius[3]. Préteur en 109, il obtient comme province l’Espagne Ultérieure, prorogé en 108, il vainc les Lusitaniens et célèbre un triomphe sur eux en 107[4]. De retour à Rome, il serait devenu grand pontife en 107 au plus tôt[5]. Consul en 106, il s’affirme à cette occasion comme un des chefs de file des optimates en faisant voter une loi qui soit redonnait intégralement aux sénateurs les jurys de la quaestio de repetundis soit les partageait avec les chevaliers[6]. Sa carrière, jusque-là brillante et au service de la noblesse dont il est un des meilleurs représentants, explique que Valère Maxime le désigne comme senatus patronus, c’est-à-dire comme jouissant d’une grande influence sur le Sénat[7]. Le sort lui octroya la Gaule Narbonnaise, et, après être parti pour sa province, il prit Toulouse et s’empara de l’or sacré que la légende faisait provenir du pillage de Delphes par les Celtes en 270. Il fit transporter cet or jusqu’à Marseille pour l’envoyer à Rome, mais le trésor n’y parvint jamais, ce qui éveilla certains soupçons[8]. Néanmoins l’année suivante il est prorogé et doit aider le consul de 105, Cn. Mallius, contre les Cimbres et les Teutons qui menaçaient l’Italie. Refusant d’obéir à un homo nouus et de coopérer avec un adversaire politique[9], Caepio sembla en grande partie responsable du désastre d’Orange, le 6 octobre 105, qui coûta la vie à des milliers de légionnaires[10]. Immédiatement rappelé à Rome, le peuple abrogea son imperium[11], selon J.-L. Ferrary, sur une rogatio du tribun C. Norbanus[12]. Ce serait à cette occasion que les tribuns T. Didius et L. Aurelius Cotta, dévoués aux optimates et aux Metelli[13], tentèrent en vain d’opposer leur intercessio car Norbanus eut recours à la violence, ce qui lui valut un procès de maiestate une dizaine d’années plus tard, vers 95[14]. L’année suivante, en 104, le tribun de la plèbe L. Cassius Longinus fit voter une loi qui provoquait l’exclusion du Sénat de ceux dont l’imperium aurait été abrogé ou condamné à une amende par le peuple[15]. Cette loi aurait été selon Asconius, notre unique source, dirigée contre Caepio qui en fut la première victime[16]. En effet, Longinus était un rival des Metelli et de manière générale des optimates, faction à laquelle appartenait Caepio[17]. En 104 Caepio fut exclu du Sénat en vertu de la nouvelle loi, mais ses ennuis ne s’arrêtèrent pas là. Après ce premier coup, l’histoire de l’or de Toulouse revint dans les esprits et on intenta à Caepio, par effet d’aubaine et/ou par inimitié, un procès à ce propos devant une quaestio extraordinaria auri Tolosani[18]. J. Lengle a bien montré que ce premier procès se situait peu après la lex Cassia de 104 et qu’il n’était pas capital[19]. Un fragment de Dion Cassius[20] nous apprend que cette procédure ne visait pas uniquement Caepio même si nous pouvons supposer qu’après les déboires récents et surtout le désastre d’Orange, le peuple était prêt à le soupçonner d’avoir détourné l’or[21]. Nous ne savons pas quelle fut l’issue du procès, soit un acquittement soit une condamnation à une amende selon J. Lengle[22]. Caepio apparaissait désormais comme une cible facile pour de jeunes populares ambitieux tels que L. Appuleius Saturninus[23]. Tribun de la plèbe en 103, il le convoqua devant les comices pour perduellio à cause de la défaite d’Orange[24]. Caepio se défendit en prétextant la fortuna belli[25], mais il ne put échapper à la condamnation sans doute en raison de la haine du peuple à son égard[26]. Il est également possible que sa conduite contraire à l’ethos aristocratique lors de la bataille, puisqu’il prit la fuite alors que ses soldats tombaient pour Rome, joua contre lui et empêcha les optimates de le défendre efficacement[27]. Les comices prononcèrent vraisemblablement une peine de mort qui devait être appliquée puisque Caepio fut emprisonné[28]. Cependant il put y échapper grâce à l’aide d’un ami tribun, L. Antistius Rheginus, qui l’accompagna jusque dans son exil à Smyrne[29]. Cet exil fut confirmé ensuite par ce qui semble bien être une interdictio aquae et igni[30]. À cette occasion ses biens furent peut-être également confisqués[31]. Enfin son exclusion de la cité lui fit naturellement perdre sa charge de grand pontife et il fut remplacé par Cn. Domitius Ahenobarbus en cette même année 103[32]. Caepio finit très probablement sa vie en exil à Smyrne, privé de sa dignitas. La fin misérable de Caepio donna une certaine consistance à la légende de l’or de Toulouse[33]. Celle‑ci fut sans doute transmise par les milieux optimates en accord avec la défense de Caepio, qui s’appuyait sur la fortuna belli, d’autant plus qu’elle permettait d’épargner son capital symbolique et de le préserver pour son fils[34]. Ce dernier, Q. Servilius Caepio[35], aurait été questeur en 100[36], soit quelques années seulement après l’humiliant exil de son père. Il se serait alors opposé naturellement au nouvel ennemi de la famille, Saturninus, instigateur de l’ultime procès, qui était encore une fois tribun de la plèbe cette année-là. Il serait peut-être parvenu à la préture en 91, mais cela reste très incertain[37]. Le destin tragique de ses filles tel qu’il est décrit par Strabon a été expliqué par F. Münzer[38]. Sa fille, Servilia, put être considérée comme s’étant livrée à la prostitution parce qu’elle épousa Livius Drusus qui était très riche alors qu’elle était désormais pauvre depuis les malheurs de son père. L’autre fille serait en réalité la petite-fille de Caepio, la confusion s’expliquant parce qu’elle s’appelait également Servilia. Elle épousa Lucullus et aurait été décriée pour ses mœurs[39]. Strabon, qui suit ici Timagène, se ferait l’écho de la haine de ce dernier contre l’aristocratie romaine. [1] F. Münzer, RE, 2A/2, 1923, col. 1783-1786, n° 48 s. v. Servilius ; K.-L. Elvers, Neue Pauly, 11, 2001, col. 464, [I 11]. [2] Sumner 1973, p. 85, n° 96. [3] MRR, 3, p. 194 corrige MRR, 1, p. 505 qui en faisait un tribun militaire : Holleaux 1919, p. 7-16 ; Robert 1963, p. 165, n° 220 ; Jones C. 1974, p. 192 n. 49. [4] MRR, 1, p. 546 ; Itgenshorst 2005, p. 300-302 n° 229 et Bastien 2007, p. 412. [5] Rüpke 2005, 1, p. 110-111. [6] MRR, 1, p. 553. Cic., Inv., 1, 92 ; de Orat., 2, 199 et 223 ; Brut., 161-164 ; Cluent., 140 et Val. Max., 6, 9, 13. La tradition livienne (Liv., Perioch., 66) parle d’un partage avec l’ordre équestre tandis que Tac., Ann., 12, 60 et Ascon., p. 79 C. indiquent une exclusivité sénatoriale. Cf. Bur 2018, chapitre 10.6. [7] Val. Max., 6, 9, 13. Cf. Roman 1994, p. 387. [8] Strab., 4, 1, 13 citant Posidonius et Timagène ; Gell., 3, 9, 7 ; Dio. 27 F. 90 ; Justin., 32, 3, 9-11 ; Oros., Hist., 5, 15, 25. Carcopino 1952 [1932], p. 336 suppose que seul un des convois fut attaqué par des bandits que certains pensèrent payés par Caepio. Labrousse 1968, p. 132, suppose une déception des Romains à la vue des sommes parvenues à Rome alors que le trésor des Gaulois était faramineux selon la légende. Caepio aurait peut-être gonflé l’importance du trésor, et l’écart entre ses annonces et la réalité lui aurait été cruellement rappelé plus tard, et à cette occasion il aurait dû inventer une histoire de brigands. Cette hypothèse se fonde sur l’idée qu’une partie de l’or parvint à Rome parce que Vir. Ill., 73, 5 signalerait l’emploi de cet or pour la fondation de colonies par Saturninus. Selon nous, ce passage renvoie plutôt aux biens confisqués de Caepio qui aurait, selon l’opinion des contemporains, accru sa fortune grâce au vol du butin (cf. infra). [9] Voir Roman 1994, p. 384 qui parle de « préjugés aristocratiques » et p. 386 de l’élection de Mallius grâce à des soutiens populares. [10] Cic., de Orat., 2, 197 ; Sall., Iug., 114, 1 ; Vell., 2, 12, 2 ; Ps. Quint., Decl., 3, 13 ; Plut., Mar., 11, 8 et 16, 5 et 19, 2 ; Luc., 27, 7 ; Sert., 3, 1 ; Tac., Germ., 37 ; App., Illyr., 4 ; Justin., 32, 3, 11 ; Flor., 1, 38, 4 ; Gran. Lic., 17 B ; Dio. 27, F. 91, 1-4 ; Eutrop., 5, 1, 1 ; Oros., Hist., 5, 1-, 17 citant Antias, frg. 63 Peter. [11] Liv., Perioch., 67, 3 et Ascon., p. 78 C. Bauman 1968, p. 48-50 le considère comme le premier cas d’abrogation d’imperium voté par le peuple, ce qui expliquerait selon lui la lex Cassia qui fut votée ensuite. [12] Ferrary 1979, p. 93‑95 propose, selon nous, la reconstruction la plus pertinente. Il met en avant l’impossibilité que Norbanus et Saturninus soient tribuns la même année, en 103, et résout le problème de l’intercession en deux étapes d’abord de T. Didius et L. Aurelius Cotta puis L. Antistius Rheginus. Il s’oppose en cela à l’opinion dominante chez les historiens depuis les travaux de Lengle 1931. [13] Gruen 1968, p. 165. [14] Cicéron développe cette affaire dans le de Oratore, 2 notamment aux § 107-109, 124, 188 et 197-203 ; voir également Cic., part. Or., 104-105 ; Off., 2, 49 ; Val. Max., 8, 5, 2. [15] Niccolini 1934, p. 189-191. [16] Ascon., p. 78 C. Cf. Bur 2018, chapitre 9.5.2. [17] Gruen 1968, p. 162. [18] Alexander 1990, p. 33-34, n° 65. [19] Lengle 1931, p. 304-305 et 311-312 ; Labrousse 1968, p. 129-132. [20] D.C., 27, frg. 90. Demougeot 1978, p. 929 affirme que le convoi aurait pu être volé par des brigands, des Gaulois ne craignant plus l’autorité romaine en raison des événements et même par des soldats démobilisés. L’accusation pourrait porter sur l’incapacité de Caepio à assurer le transport des richesses du peuple romain : cf. Hermon 1972, p. 83. [21] Oros., Hist., 5, 15, 25 fait état de cette rumeur, mais Shatzman 1975, p. 286 n. 188 indique à juste titre que les contemporains de Caepio auraient cru n’importe quoi après sa défaite. Demougeot 1978, p. 927 rappelle la fausseté de la légende, signalée déjà par Poseidonios, contemporain des événements, cité dans Strab., 4, 1, 13 et s’interroge sur l’intérêt de Caepio à voler l’or. Le pillage de Toulouse devait lui permettre un triomphe plus munificent que celui qu’il avait accompli pour sa victoire sur les Lusitaniens en 107, aussi comprendrait-on mal pourquoi le détourner. À la page 129, elle qualifie Caepio de « bouc-émissaire » ce qui explique les soupçons de vol de cet or maudit qui pesaient sur lui. [22] Lengle 1931, p. 312-313 ; Nicolet 1966-1974, 1, p. 534-535 penche plutôt pour la condamnation de Caepio. [23] Gruen 1968, p. 164. [24] Alexander 1990, p. 34, n° 66 qui indique comme sources : Ad Her., 1, 24 ; Cic., Balb., 28 ; Brut., 135 ; Liv., Perioch., 67 ; Strab., 4, 1, 13 ; Val. Max., 4, 7, 3 et 6, 9, 13 ; Gran. Licin. 13 Flemisch. Lengle 1931, p. 306-309 ; Gruen, loc. cit. ; Ferrary 1979, p. 92-95 en particulier la note 19. Contra Gabba 1951a, p. 22-23 n. 4 ; Scullard 1976 [1959], p. 57 et Badian 1964, p. 35 qui parlent d’un procès devant la quaestio de maiestate organisée d’après la nouvelle loi que venait de faire voter Saturninus. [25] Ad Heren., 1, 24 et notamment Cicéron qui dans Brut., 135 et Tusc., 5, 14 conserve la tradition des optimates sur cette défense. [26] Cic., de Orat., 2, 124 et 197-204 entre autres. [27] Rosenstein 1990, p. 125-127. [28] Val. Max., 4, 7, 3. Rosenstein 1990, p. 126 n. 47. L’autre tradition livrée par Val. Max., 6, 9, 3 et qui fait état d’une exécution serait fausse selon Ferrary 1979, p. 93 n. 20. En effet la version de l’exil (cf. infra) est également attestée chez Cicéron qui connaissait bien cet épisode et semble donc bien plus sûre. [29] Val. Max., 4, 7, 3 ; Cic., Balb., 28. Que Rheginus n’intervint pas avant révèle la haine du peuple contre Caepio et l’impossibilité d’interrompre la procédure sans créer peut-être des séditions ou nuire gravement aux optimates. Il agit d’abord par amitié (amicitia) et nous n’avons pas de raison de refuser cette anecdote de Valère Maxime. Ainsi le cas de Caepio semblait désespéré y compris pour ses anciens partisans et ses proches, et seul un ami accepta de sacrifier sa carrière pour le sauver. [30] Gran. Licin. 13 F = 33, 24 Criniti. [31] Liv., Perioch., 67, 3 ne nous indique pas la cause de la confiscation, tandis que Vir. Ill., 73, 5 semble plutôt se rapporter à de l’argent récupéré par l’État à l’issue d’une procédure contre Caepio en lien avec l’or de Toulouse. Nicolet 1966-1974, 1, p. 534-535 pense que cet argent résultait de la condamnation de Caepio devant la quaestio extraordinaria auri Tolosanum. Cependant, puisque la fondation de colonies à laquelle devait servir cet or est datée de 100, nous pensons que ce furent les biens confisqués de Caepio à l’occasion de la condamnation pour perduellio qui financèrent ce projet. Et si l’auteur du de Viris Illustribus lie ces biens à l’aurum Tolosanum, c’est parce que Caepio était soupçonné l’avoir détourné. Autrement dit, dans l’opinion publique sa fortune proviendrait de ce vol. Nous ne pensons donc pas pouvoir suivre Hermon 1972, loc. cit. qui suppose que Saturninus utilisa le reliquat de l’or de Toulouse pour se réclamer de Ti. Gracchus qui avait utilisé le legs d’Attale III pour financer sa loi agraire. [32] Rüpke 2005, 2, p. 1280, n° 3057 [33] Le jour du désastre d’Orange, le 6 octobre, fut déclaré néfaste ou du moins considéré comme tel d’après Plut., Luc., 27. [34] Sur cette légende : Gell., 3, 9, 7. [35] F. Münzer, RE, 2A/2, 1923, col. 1786-1787, n° 50 s. v. Servilius ; Sumner 1973, p. 116-117, n° 162 ; Rosenstein 1990, p. 200 n° 81 c). Pour sa carrière voir MRR, 2, p. 618. [36] La date de la questure a été placée en 99 par Mattingly 1969, p. 267-268. Si la date est débattue, en revanche la magistrature semble certaine. [37] MRR, 2, p. 24 n. 5. [38] Münzer 1922, p. 292-295 sur Strab., 4, 1, 13. [39] Plut., Luc., 38.
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