P. Cornelius P. f. P. n. Lentulus Sura [240]
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P. Cornelius Lentulus Sura est le petit-fils de P. Cornelius Lentulus, le consul suffect de 162, qui fut prince du Sénat[1]. Son père est peut-être le consul de 90, P. Cornelius Lentulus, tué par les marianistes en 87[2]. Enfin il épousa la fille de L. Caesar, le consul de 90. Né, vers 114[3], il appartenait donc à une famille illustre et influente de la noblesse romaine.
Syllanien, il fut questeur en 81[4], ce qui lui permit d’entrer au Sénat mais aussi de détourner de l’argent public, s’attirant des réprimandes de Sylla. C’est à cette occasion qu’il aurait obtenu son sobriquet de Sura selon Plutarque[5]. Les propos tenus par Sura, s’ils sont véridiques, dénotent une certaine légèreté et contrastent avec la grauitas attendue des optimates partisans de Sylla. Il poursuivit néanmoins sa carrière en étant élu préteur en 75 et se chargea de la quaestio de repetundis en 74[6]. Il eut alors à diriger le procès de (A. ?) Terentius Varro, défendu par son cousin Hortensius, qui fit grand bruit[7]. En effet, Hortensius fut soupçonné d’avoir donné des tablettes distinctes aux juges qu’il avait achetés afin de vérifier qu’ils respectaient leur part du contrat[8]. Varro fut acquitté, mais l’ordre sénatorial se retrouva déshonoré comme l’indiquent les fréquentes allusions de Cicéron dans les Verrines. Vers la même époque, Sura fut accusé à deux reprises et acquitté deux fois[9]. À cette occasion, on lui attribue un nouveau trait d’esprit puisqu’il aurait regretté d’avoir corrompu deux juges alors qu’il ne lui manquait qu’une voix[10]. Il obtint finalement le consulat pour 71[11] mais l’année suivante, lors de la sévère censure de Cn. Lentulus Clodianus et L. Gellius Publicola[12], il fut exclu du Sénat avec 63 autres sénateurs.
L’exclusion serait causée d’après Plutarque par ses mauvaises mœurs (βεβιωκὼς δὲ φαύλως)[13]. Nous pouvons toutefois supposer que le scandale de l’acquittement de Terentius Varro en 74 y fut pour quelque chose. Responsable de la quaestio, il a pu toucher de l’argent pour fermer les yeux sur l’utilisation de tablettes différentes, ou du moins il aurait dû agir pour préserver la dignité de son tribunal. Il pratiqua lui-même la corruption de façon éhontée et détourna de l’argent public dès sa questure. Toutefois, I. Shatzman avait peut-être raison d’estimer que ce besoin d’argent était lié à une vie dissolue[14]. Il fut sanctionné par des censeurs qui tentaient de faire renaître la sévérité ancestrale après trente ans de troubles et qui étaient heureux en même temps d’éliminer un adversaire politique. Le blâme infligé au consul de l’année précédente dut provoquer un large scandale et, à moins de paraître inique et d’être contesté par les amis de Sura, il devait s’appuyer sur des arguments solides.
Sura mit du temps à se relever de cette humiliation, toutefois le grand nombre d’exclus joua en sa faveur. Comme C. Antonius Hybrida il brigua une nouvelle fois une magistrature afin de retrouver sa place dans la Curie[15]. Les sources ne mentionnent que sa seconde élection à la préture en 64[16]. Le scandale était oublié, d’autres avaient surgi, et Sura devait jouir de soutiens importants. Cependant, T. C. Brennan a défendu l’idée que Sura n’avait pas pu rester inactif pendant six ans et qu’il devait en outre recommencer l’ensemble de son cursus pour retrouver son rang au Sénat[17]. Il aurait donc revêtu également une seconde questure entre 69 et 66 en tenant compte des délais légaux. Son hypothèse ne s’appuie que sur l’invraisemblance d’une aussi longue absence de la vie politique et sur une relecture du passage de Plutarque (Plut., Cic., 17, 1) et j’ai réfuté ailleurs sa reconstruction des carrières après l’exclusion du Sénat[18]. En outre, Dion Cassius confirme l’interprétation de Plutarque, si toutefois ses informations ne sont pas issues du seul moraliste[19]. Aussi préférons-nous suivre Plutarque et Dion Cassius et faire de la seconde préture le moyen par lequel Sura retrouva sa place au Sénat grâce au ius s. d. à la sortie de charge d’une magistrature curule.
Toutefois la voie légale ne lui suffit pas, peut-être en raison des difficultés rencontrées durant les sept années qui suivirent son exclusion du Sénat. Sa traversée du désert le conduisit à suivre d’autres déçus de la République et à devenir l’un des principaux membres de la conjuration de Catilina[20]. Chef de file de la faction urbaine, il fut arrêté et finalement mis à mort avec d’autres conjurés le 5 décembre 63[21]. Il demeure assez surprenant de le voir se lancer dans cette aventure alors même qu’il retrouvait son statut grâce à une seconde préture.
Nous ne lui connaissons pas de descendants.
[1] F. Münzer, RE, 4/1, 1900, col. 1374-1375, n° 202 s. v. Cornelius ; K.-L. Elvers, Neue Pauly, 3, 1997, col. 10, [I 22].
[2] F. Münzer, RE, 4/1, 1900, col. 1375, n° 203 s. v. Cornelius.
[3] Sumner 1973, p. 127.
[4] MRR, 2, p. 76.
[5] Plut., Cic., 17, 2-4. Comme Cicéron ne l’emploie qu’une seule fois, F. Münzer en déduit qu’il ne s’agit pas d’un cognomen mais d’un simple sobriquet.
[6] MRR, 2, p. 102.
[7] Alexander 1990, p. 73, n° 144.
[8] Ps. Ascon., p. 193 et 218 St. ; Schol. Gron., p. 349 St. ; Cic., Cluent., 130 ; Caecil., 24 ; Verr., 1, 17 et 35 et 40 et 47 ; Porphyr. et Ps. Acro sur Hor., Sat., 2, 1, 49.
[9] Gruen 1974, p. 526 ; Alexander 1990, p. 67, n° 130 et p. 109, n° 219 ; David 1992, p. 761 d’après Cic., Att., 1, 16, 9 = Shackleton Bailey, CLA, n° 16 et Plut., Cic., 17 qui indique que les juges étaient corrompus.
[10] Plut., Cic., 17, 4.
[11] MRR, 2, p. 121.
[12] MRR, 2, p. 126-127 et Suolahti 1963, p. 458-464.
[13] Plut., Cic., 17, 1 ; D.C., 37, 30, 4 atteste simplement cette exclusion.
[14] Shatzman 1975, p. 335, n° 130.
[15] Cf. notice n° 20.
[16] D.C., 37, 30, 4 ; Plut., Cic., 17, 1 ; Vell., 2, 34, 4 ; cf. MRR, 2, p. 166.
[17] Brennan 1989, p. 481 n. 68.
[18] Cf. Bur 2018, chapitre 15.1.2.
[19] D.C., 37, 30, 4.
[20] Plut., Cic., 17, 1.
[21] Pour les sources sur son rôle durant la conjuration nous renvoyons à MRR, 2, p. 166.
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