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C. Cassius Sabaco [85]

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On ne connaît rien de C. Cassius Sabaco en dehors de cet extrait de Plutarque et celui de Lucilius si l’on admet l’identification avec C. Cichorius[1]. Celle-ci est avancée en s’appuyant sur l’homonymie, sur la signification des surnoms pouvant désigner une tare physique sur le visage[2], enfin sur les attaques de Lucilius contre un des compagnons de Marius dont il était un adversaire. L’identification est donc probable, mais non certaine[3]. Le caractère équivoque du surnom ainsi que l’âpreté du propos de Lucilius laissent entendre qu’il jouissait d’une mauvaise réputation. Tout d’abord, nous apprenons de Plutarque que Sabaco était un ami de Marius. Ensuite Lucilius nous indique que grâce à un iudex partial, Q. Tullius, il obtint gain de cause dans un litige d’héritage[4]. Or ce Q. Tullius, avec qui Sabaco semble entretenir de bonnes relations, était sans doute de la gens Tullia qui venait d’Arpinum, tout comme Marius. Nous pouvons ainsi supposer que C. Cassius appartenait à l’aristocratie arpinate venue faire carrière ou s’enrichir à Rome et qui s’entraidait mutuellement à cette fin[5]. Lucilius dénigre C. Cassius en le présentant comme un homme d’affaires douteux, spéculant dans les ventes aux enchères des biens confisqués[6] et même dans certaines affaires louches lui attirant la réputation de fur. Le terme d’operarius, s’il faut le rapprocher comme C. Cichorius le pense de conuiuari, pourrait désigner un individu impliqué dans les distributions de pots-de-vin lors des élections et autres cadeaux offerts par les candidats[7]. Si la prudence est de mise avec ces vers de Lucilius, à la fois parce que l’identification n’est pas sûre et en raison de la nature de ce texte, nous supposons néanmoins que Sabaco était un homme d’affaires qui s’intéressait à la vie politique. S’il semble s’être enrichi et avoir pris part à la corruption électorale, ou du moins en avoir été fortement soupçonné, en revanche, nous ne possédons aucune indication sur une éventuelle carrière politique. Pourtant le terme employé par Plutarque pour décrire l’exclusion, ἐκπίπτω, exprime clairement la sortie d’un état, l’exclusion et non le refus d’intégrer[8]. Nous devons donc supposer qu’il appartenait au Sénat et qu’il avait été recruté au plus tard lors de la précédente lectio, en 120[9]. En conséquence il est fort probable qu’il fût au moins questeur afin de compenser sa naissance obscure, utilisant peut-être aussi sa fortune et ses liens dans les tribus, ainsi que les amitiés nouées grâce à ses affaires. Cependant il ne dut pas dépasser le rang prétorien, parce que si tel avait été le cas le scandale de son exclusion aurait été plus prononcé et son rang certainement précisé par Plutarque ou par d’autres récits de censure. Nous ne pouvons donc que conclure que Cassius Sabaco devait être membre du Sénat et qu’il en fut exclu lors de la censure de 115[10] ou de 109-108[11]. T. R. S. Broughton penche à juste titre pour 115, Marius étant préteur, alors que l’affaire de brigue était encore présente dans les esprits[12]. Cette censure conviendrait également en raison de sa sévérité puisque 32 sénateurs furent exclus par L. Metellus et C. Ahenobarbus[13]. Le motif n’est pas indiqué clairement par Plutarque qui ne fournit que des rumeurs et des suppositions. Il n’a manifestement pas consulté une source livrant la nota. Chacune des deux raisons suggérées par le biographe, parjure ou intempérance, aurait suffi à motiver l’exclusion d’après A. O’Brien Moore[14]. En réalité, le reproche de ne savoir supporter la soif était certainement une raillerie contre Sabaco. Aussi plusieurs savants préférèrent-ils considérer que les censeurs avaient sanctionné Cassius parce qu’ils le pensaient coupable de corruption électorale[15]. L’exclusion de C. Cassius pouvait exprimer la désapprobation d’une partie du Sénat et de l’opinion, de l’acquittement de Marius obtenu de justesse[16]. Le soupçon de fraude électorale, dans laquelle C. Cassius était jugé avoir joué un rôle important, lui qui semble avoir été habitué à ces procédés (operarius), fut sans doute renforcé d’un blâme sur la manière de mener ses affaires, souvent louches (sectorem) ou indignes d’un sénateur (fur). Cassius avait probablement été acquitté peu auparavant de l’accusation de brigue électorale[17]. Les censeurs, soupçonneux, décidèrent de l’exclure malgré tout du Sénat et atténuèrent leur dédain de la chose jugée en transformant la défense de Cassius en preuve d’intempérance qui le rendait indigne de la curie. Cassius était donc perdant dans les deux cas, ce qui revèle une forte volonté des censeurs de rayer de l’album ce sénateur d’obscure origine et à qui on reprochait sans doute son amitié pour Marius. Cette exclusion mit très vraisemblablement un terme à sa carrière politique, mais elle ne l’empêcha pas de continuer à mener ses affaires comme pourrait l’indiquer le procès pour l’héritage[18]. Nous ne disposons d’aucune indication sur un éventuel descendant de C. Cassius Sabaco. [1] Cichorius 1908, p. 313-315 et 1922, p. 83‑84 suivi par Shatzman 1975. Contra Rossi 1980, p. 463-465 a proposé d’identifier Cassius Sabaco à L. Cassius, le consul de 107 en supposant que Sabaco était un sobriquet non-officiel dont on l’avait affublé. Cette hypothèse a été réfutée par Katz 1988. [2] Cephalo désigne clairement une particularité physique au niveau de la tête, tandis que le surnom donné par Plutarque, Sabaco, désigne un organe atteint d’après le Bailly, p. 1728. [3] Dans un extrait de l’Auctoratus de Pomponius (Charisius, p. 52 K), nous voyons de nouveau un Cassius raillé et il fut également identifié à notre Sabaco. De la sorte, il serait possible que ce soit le même Cassius qui ait inspiré les vers insultants de Lucilius et de Pomponius et qui fut puni par les censeurs. Si tel était le cas, alors il faudrait voir en Cassius Sabaco un personnage notoire de cette époque et régulièrement moqué. [4] Dans l’extrait de Lucilius, Lindsay (édition de Nonius) et Warmington (Loeb) rendent iudex tandis que F. Charpin (CUF) donne index. La version iudex semble préférable puisqu’elle permet d’expliquer le jeu de mots avec fur et damnare d’après C. Cichorius et c’est la reconstitution que nous adoptons. F. Münzer, RE, 7/A1, p. 804, n° 16 choisissait déjà cette version. [5] Badian 1984a parle d’une « Arpinate connection » qui serait active à cette époque. C’est un autre argument en faveur de l’identification de Sabaco et Cephalo. [6] C’est l’interprétation que Shatzman 1975, p. 266-267 propose de sector. [7] Cichorius 1908 et 1922, loc. cit. ; pour la corruption électorale voir Nicolet 1979, p. 412‑415. La participation aux banquets pourrait être un autre indice en faveur de l’identification puisque cette activité dénoncée par Lucilius pourrait se retrouver dans le surnom donné par Plutarque. Sabaco, pouvait également désigner une personne efféminée selon Liddell et Scott 1996, p. 1579, ce qui ferait allusion à la mollesse et à l’intempérance des noceurs. [8] Cf. Liddell et Scott 1996, p. 516. Cf. Bur 2018, chapitre 4.1. [9] MRR, 1, p. 523 et Suolahti 1963, p. 413-417. [10] MRR, 1, p. 531-532 et Suolahti 1963, p. 417-420 [11] MRR, 1, p. 545 et 548-549 et Suolahti 1963, p. 420-430. [12] MRR, 3, p. 52 et Suolahti 1963, p. 419. Willems 1885, 1, p. 392 en particulier n. 7 plaçait l’exclusion en 108 car il pensait que Marius avait été élu en 115. [13] Liv., Perioch., 62, 6. [14] A. O’Brien Moore, RE, Suppl. 6, 1935, s. v. Senatus, col. 689. [15] F. Münzer, RE, 3/2, 1899, col. 1744, n° 85 s. v. Cassius ; Schmähling 1938, p. 153, en particulier n. 167 ; Suolahti 1963, p. 419. [16] C’est l’opinion en particulier de Badian 1956, p. 94 qui fait de cette exclusion une vengeance des Metelli, dont l’un des membres était censeur, L. Caecilius Metellus, le consul de 117, contre Marius. [17] Plutarque précise que Cassius avait justifié sa conduite ὑπὸ τῶν δικαστῶν, et non devant les censeurs. Rappelons d’une part que la lectio senatus ne donnait pas lieu à un entretien pour chaque sénateur avec les censeurs (cf. Bur 2018, chapitre 3.3) et d’autre part que les censeurs n’étaient pas tenus d’observer une décision de justice et qu’ils étaient parfaitement libres de blâmer selon leur intime conviction. [18] Charpin 1978, p. 31 date le livre XI vers 110 et nous pourrions penser que les événements auxquels le poète fait référence sont alors suffisamment proches pour être bien compris de tous. Cassius devait donc être au moment de la rédaction plus connu pour ce procès que pour son exclusion du Sénat quelques années plus tôt.
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