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Ti. Claudius - f. Asellus [63]

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Ti. Claudius Asellus[1] était peut-être le petit-fils ou l’arrière-petit-fils du Claudius Asellus connu pour avoir livré un duel devant Capoue en 215 ou 212. Nous suivons C. Nicolet lorsqu’il identifie ce même Asellus avec le tribun militaire de 207, préteur de 206 et édile plébéien de 205[2]. Le contexte de la deuxième guerre Punique était propice à des carrières fondées sur la valeur militaire, et on connaît un autre exemple de carrière comparable avec T. Quinctius Crispinus, le consul de 208[3]. Il est donc possible d’envisager que l’ancêtre de Ti. Claudius Asellus fût un chevalier qui atteignit la préture grâce à sa réputation de bravoure. Sa situation lui permit peut-être de marier son fils avec une fille issue de la puissante famille des Licinii de sorte que le père de notre Asellus était peut-être ce Claudius empoisonné par sa femme Licinia en 152 et signalé par la Periocha comme un consularis[4]. Que son père fût ou non ce malheureux consul, Asellus était néanmoins issu d’une famille sénatoriale, sinon noble, grâce à son ancêtre préteur en 206, qui avait vraisemblablement noué des liens avec d’autres puissantes familles romaines, comme en témoigne le mariage que nous venons d’évoquer. C. Nicolet fait également remarquer que Ti. Claudius Asellus était riche car il avait hérité de propriétés en Sabine[5]. Enfin il suggère qu’il ait pu exercer une magistrature au cours de laquelle il accomplit des opérations de cadastration ou de voirie[6]. Cependant, puisqu’il n’y a aucune trace d’une tentative d’exclusion du Sénat, nous préférons penser soit qu’il avait exercé une magistrature inférieure avant 142, soit qu’il exerça la questure entre cette date et celle du procès où furent formulés ces reproches, donc entre 142 et 140. Rien ne permet pour l’instant de conclure. Ainsi, en 142, un jeune homme issu d’une famille sénatoriale voire noble et sans doute promis à une belle carrière fut victime de la sévérité du censeur Scipion Émilien[7]. Nous apprenons que le second Africain l’aurait privé non seulement du cheval public[8] mais qu’en plus il l’aurait relégué parmi les aerarii. Cette deuxième sanction, mieux attestée[9], est une aggravation de la première puisque nous avons vu qu’elle ne suit pas automatiquement une exclusion du Sénat ou de l’ordre équestre[10]. La relégation parmi les aerarii étant une aggravation, il est presque sûr que Scipion aurait également tenté d’exclure du Sénat Asellus si celui-ci en avait fait partie. Pour justifier ces sanctions, Scipion Émilien mit en avant diverses raisons lors de la recognitio equitum[11]. Tout d’abord, alors qu’Asellus faisait le compte de ses campagnes comme l’exige la procédure, Scipion aurait fait un jeu de mots assez dur sur son nom indiquant son inimitié, ou du moins son mépris, envers le jeune homme et surtout sa faible opinion sur la valeur militaire de ce dernier[12]. Nous pensons également que le fragment du discours « Pour lui contre Tiberius Asellus » transmis par Aulu-Gelle que Scipion prononça à l’occasion du procès en amende devant le peuple (cf. infra) reprenait en réalité certaines accusations formulées lors de sa censure[13]. Les thèmes des attaques de l’Africain sont, certes, classiques, mais correspondent exactement aux reproches généralement adressés par les censeurs aux citoyens négligents : dépenses inconsidérées pour une prostituée ou un mignon (scortum), perte d’une partie du patrimoine hérité qui constituent une preuve de sa nequitia et à cela s’ajoute sans doute un parjure[14]. Autant d’éléments qui motivaient le retrait du cheval public lors d’une censure voire même la relégation parmi les aerarii. Cependant, Varron nous fournit une indication intéressante : l’autre censeur de 142, L. Mummius, que Scipion blâmait pour sa trop grande indulgence et qui, effectivement, refusa plusieurs sanctions proposées par l’Africain[15], se moqua de la sévérité de l’Africain (Africani irrisa se>ueritate)[16]. Cette moquerie pourrait avoir pour fondement un motif curieux présenté par Scipion pour blâmer quelqu’un. Aussi pensons-nous pouvoir rapprocher de notre épisode un passage de Plutarque : Scipion Émilien aurait ôté le cheval à un jeune homme qui avait fait confectionner un gâteau de la forme de Carthage lors de la troisième guerre Punique parce qu’il avait pris ainsi la ville avant lui[17] ! Cette raison invoquée par un censeur, parmi d’autres, était en effet de nature à être tournée en ridicule par son collègue L. Mummius[18]. Asellus eut la chance de voir les sanctions proposées par Scipion Émilien refusées par L. Mummius et put ainsi conserver son cheval et ne pas être relégué parmi les aerarii. Il poursuivit, ou commença, sa carrière ensuite en étant élu tribun de la plèbe pour 140[19]. À cette occasion, il aurait intenté un procès contre Scipion, de multa ad populum[20] et si l’on croit Lucilius, cité par Aulu-Gelle et suivi de près par Cicéron, peut-être en lui reprochant un infelix lustrum[21]. A. Aymard fait remarquer à juste titre que la citation de Lucilius a de fortes chances de nous donner la véritable raison puisque le poète était un ami personnel de l’Africain. En revanche on ne comprend pas sur quel fondement pouvait reposer une telle action puisque ce fut certainement Mummius qui clôtura le lustre[22]. Toujours est-il que l’ancien censeur aurait affiché son mépris contre une telle accusation[23] et aurait de nouveau exprimé ses reproches envers Asellus avec son discours dont certains fragments nous ont été conservés. Cette accusation ne réussit très probablement pas[24] et on sait simplement de son tribunat qu’Asellus tenta de s’opposer, en vain, au départ de Q. Servilius Caepio pour l’Espagne[25]. Nous n’avons conservé aucune trace de lui ensuite et nous pouvons supposer que l’inimitié de Scipion, l’humiliation subie lors du procès et l’échec de son attaque contre Caepio mirent un frein, voire un terme, à sa carrière. De même, nous n’avons aucune mention d’un éventuel descendant. [1] Le nom de Ti. Claudius Asellus est souvent sujet à des modifications dans les manuscrits mais la reconstruction la plus fiable semble bien être Ti. Claudius Asellus adoptée par l’ensemble des éditeurs. [2] Nicolet 1966-1974, 2, p. 837 qui identifie donc le n° 59 avec les n° 61 et 62 de la Realencylopädie. Voir aussi Fraccaro 1912, p. 375-382. [3] Liv., 25, 18, 4-15 et Val. Max., 5, 1, 3. Sur le choix des magistrats durant la deuxième guerre Punique voir Patterson 1942 qui montre que les magistrats élus étaient les chefs militaires les plus compétents. [4] Liv., Perioch., 48, 13 et Val. Max., 6, 3, 8 : il est à noter qu’il n’y a aucune variante pour le nom de la femme de Claudius Asellus au contraire de Publicia, femme de Postumius Albinus. Cf. Münzer 1922, p. 265 n. 1. [5] Nicolet 1966-1974, 2, p. 837 d’après Gell., 6, 11, 9. [6] Nicolet 1966-1974, 2, p. 837 à partir de Gell., 2, 20, 6. [7] Sur cette censure : MRR, 1, p. 474-475 et Suolahti 1963, p. 393-398. [8] Gell., 3, 4, 1. [9] Cic., de Orat., 2, 268 et Varr., Ant., 7, frg. 1, l. 30 Mirsch (éd.). [10] Cf. Bur 2018, chapitre 4. [11] Suolahti 1963, p. 397 explique cette exclusion pour des raisons purement politiques et ne discute pas les motifs allégués par Scipion. [12] Cic., de Orat., 2, 258. Voir Leeman & alii 1989, p. 281-282 pour les débats sur le proverbe auquel Scipion pourrait faire allusion et pour affirmer que ces paroles furent bien prononcées lors de la revue de l’ordre équestre. Notons qu’une telle professio était réservée à l’ordre équestre et constitue un nouvel indice de la non appartenance d’Asellus au Sénat en 142 (cf. Bur 2018, chapitre 3). [13] Scipion Émilien, Orationes pro se contra Ti. Claudium Asellum de multa ad populum, frg. 19 Malcovati (ap. Gell., 6, 11, 9). [14] Pour le passage d’Aulu-Gelle (Gell., 6, 11, 9), C. Hosius (Teubner) et R. Marache (CUF) choisissent tous deux la version coniurauisti en s’appuyant sur les manuscrits Parisinus, Leidensis et Vaticanus, tandis que H. Meyer préféra lire periurauisti et M. Hertz iurauisti. Si les deux éditeurs les plus récents ont raison, on se demande de quelle conjuration il est question, alors que la correction de H. Meyer permet de comprendre plus facilement l’accusation plus vague de parjure de Scipion, que l’on peut rapprocher de celle prononcée contre C. Licinius Sacerdos qui nous est bien connue (cf. notice n° 59). [15] À ce propos : Val. Max., 6, 4, 2 ; D.C., 22, frg. 76, 1 ; Vir. Ill., 58, 9. Cf. Suolahti 1963, p. 397. [16] Varr., Ant., 7, frg. 1, l. 30 Mirsch (éd.). [17] Plut., Moralia, 200 D-E : qu’Asellus soit tribun en 140 prouve qu’il était encore assez jeune alors et peut concorder avec sa présence dans le camp de Scipion lors de la troisième guerre Punique. [18] Münzer 1922, p. 265 considère que les motifs avancés par Scipion étaient un prétexte occultant des rivalités familiales. Cependant les raisons invoquées ci-dessus pouvaient tout à fait être réelles et suffire à motiver une sanction. [19] MRR, 1, p. 480. [20] Gell., 6, 11, 9. [21] Cic., de Orat., 2, 268 et Gell., 4, 17, 1. [22] Aymard 1967, p. 405-408 et Astin 1967, p. 325-330. Leeman & alii 1989, p. 300 proposent de comprendre le lustrum infelix comme une période de malheurs ouverte par la censure de Scipion et Mummius. [23] Gell., 4, 17, 1 notamment ; Cic., de Orat., 2, 268 pour la plaisanterie et Gell., 6, 11, 9 pour un extrait du discours déjà signalé. [24] Astin 1967, p. 127 pense néanmoins que l’accusation était grave et que l’avenir politique de Scipion Émilien était en jeu. [25] MRR, 1, p. 480.
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