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T. Fadius [9]

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T. Fadius[1], dont le cognomen n’est pas Gallus[2], était peut-être originaire d’Arpinum[3], ce qui expliquerait qu’il soit un partisan de Cicéron. Après avoir été son questeur lors de son consulat[4], en 57, comme tribun de la plèbe, il agit en faveur de son rappel d’exil[5]. Dans une lettre postérieure à la fin mars 52, Cicéron tente de le consoler de sa condamnation sans préciser ni l’accusation ni la peine[6]. Une allusion le classe parmi les homines noui et permet de supposer que Fadius avait poursuivi son cursus après le tribunat en devenant peut-être édile voire préteur en 55-53[7]. Le procès de Fadius pourrait être lié à cette édilité ou, plus probablement, préture. Habituellement, le puissant personnage responsable de la condamnation est identifié à Pompée qui dominait Rome en 52[8]. Puisque Fadius espérait être restitué par César en 49[9], on a rapproché son cas des victimes des tribunaux pompéiens, instaurés d’après la nouvelle lex de ambitu, que César avait rappelées d’exil[10]. La lex Pompeia prévoyait vraisemblablement l’exil pour les condamnés de brigue électorale[11] et, comme la consolation de Cicéron semblait adressée à un exilé[12], le rapprochement était logique. Pourtant, les lignes de Cicéron contredisent une telle interprétation. Lorsqu’il lui rappelle liberos habeas[13], cela ne peut que signifier que Fadius vit toujours avec ses enfants alors que les exilés laissaient bien souvent leur famille à Rome. De même, le passage quique…uiuendi ne donne pas les termes de son exil comme le pensait D. R. Shackleton Bailey[14], mais montre au contraire Fadius dans la capacité de vivre avec Cicéron à Rome. Les exhortations finales sont plutôt destinées à quelqu’un qui craint le regard des autres et hésite à revenir dans l’Vrbs. Il nous paraît dès lors difficile de déduire de la lettre de consolation de Cicéron que Fadius était en exil. D’ailleurs le fait même que Cicéron lui envoie une lettre n’est pas une preuve de son éloignement. La lettre, difficile à dater, pourrait avoir été envoyée alors que Cicéron partait dans sa province ou même était en Cilicie, en 51 – le procès se placerait alors au début 51. Plus simplement, Cicéron pouvait décider d’envoyer une lettre à Fadius qui était parti dans sa uilla après le procès afin d’étouffer le scandale, sans pour autant s’exiler hors d’Italie. Enfin, Cicéron présente dans sa lettre la peine subie par Fadius comme leuissima, adjectif incompatible avec l’exil. Par conséquent, il nous paraît très peu probable que Fadius fût condamné e lege Pompeia de ambitu et fût en exil lorsque Cicéron lui écrivit. Les indications de Cicéron sur la peine que nous venons de signaler laissent d’autres possibilités. A. W. Zumpt avait suggéré que Fadius avait été condamné d’après la lex Iulia de repetundis[15]. Cette hypothèse, qui implique un gouvernement de province après le tribunat, est envisageable à condition de supposer que la litis aestimatio avait donné un montant n’entamant pas trop la fortune de Fadius[16]. Une condamnation de repetundis s’accorde également avec la perte du rang sénatorial présentée à mots couverts par Cicéron dans sa lettre de consolation[17]. Pompée pouvait avoir voulu la condamnation de Fadius même s’il n’était pas accusé de ambitu. Cicéron dénonçait la volonté du puissant peut-être pour se justifier puisqu’il ne semble pas avoir fait partie des défenseurs[18]. Enfin, il reste possible que Fadius fût condamné sur une autre accusation. Néanmoins il s’agissait vraisemblablement d’un iudicium publicum puisque la condamnation était vécue si durement que Cicéron envoya une lettre de consolation et qu’elle entraînait l’exclusion du Sénat et des honneurs. À ce titre, notons que le péculat conviendrait également[19], mais une condamnation selon la lex Iulia de repetundis nous paraît plus vraisemblable. Dégradé par sa condamnation, Fadius espérait être restitué par César au début 49[20]. Les rumeurs sur le rappel des exilés condamnés dans les tribunaux pompéiens de brigue pouvaient lui faire croire que les condamnés non exilés, également victimes de Pompée, bénéficieraient aussi de la clémence. Le ton véhément de Cicéron signale une rupture entre les deux hommes qui pourrait faire suite à la décision de Fadius de rallier le camp césarien. La disparition de Fadius de nos sources ne nous permet pas de savoir s’il fit partie des condamnés restitués. Le besoin de César de se gagner des partisans rend cela probable. Cependant nous ne savons pas ce que devint Fadius durant les guerres civiles et nous ne lui connaissons aucun descendant. [1] Dondin 1981, p. 76-78 tente de distinguer les deux destinataires mais l’argument principal, la forte différence de ton entre les deux lettres, nous paraît trop fragile. [2] Shackleton Bailey 1962, p. 195-196 repris par Syme 1979-1991, 2, p. 594. [3] Wiseman 1971, p. 230 qui s’appuie sur l’existence d’un édile d’Arpinum en 44 nommé L. Fadius, peut-être un parent (Cic., Att., 15, 15, 1). Contra Taylor 1960, p. 213 et Syme 1979-1991, 2, loc. cit., préfèrent Bononia. [4] MRR, 2, p. 168. [5] MRR, 2, p. 202. [6] Cic., Fam., 5, 18. [7] Shackleton Bailey, CLF, 1, p. 350. [8] Ce qu’avance Shackleton Bailey, CLF, loc. cit. [9] Cic., Fam., 7, 27, 1 = Shackleton Bailey, CLF, n° 51. [10] Cic., Att., 7, 11, 1 ; Cic., Att., 10, 4, 8 ; App., BC, 2, 48 ; D.C., 41, 36, 2. Ainsi Gruen 1974, p. 349 ; Shackleton Bailey, CLF, 1, p. 350 et 486. [11] Cf. Bur 2018, chapitre 11.6. Voir en particulier App., BC, 2, 24. [12] F. Münzer, RE, 6/2, 1909, col. 1959, n° 9 s. v. Fadius ; Shackleton Bailey, CLF, loc. cit. ; Dondin 1981, loc. cit. et K.‑L. Elvers, Neue Pauly, 4, 1998, col. 392-393, [1] considèrent Fadius comme un exilé. [13] Cic., Fam., 5, 18. [14] Shackleton Bailey, CLF, loc. cit. [15] Zumpt 1871, p. 554-555. Sur les peines prévues par cette loi, cf. Bur 2018, chapitre 10.9. [16] Cic., Fam., 5, 18 : fortunas et liberos habeas signifie que Fadius jouissait encore d’une large partie de son patrimoine. [17] Cic., Fam., 5, 18 : Plus tibi uirtus tua dedit quam fortuna abstulit, propterea quod adeptus es quod non multi homines noui, amisisti quae plurimi homines nobilissimi. [18] Crawford 1984, p. 267-268, n° (4) affirme qu’il n’y eut pas de Pro Fadio. [19] Cf. Bur 2018, chapitre 12.5. [20] Cic., Fam., 7, 27, 1.
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