M. Tarquitius Priscus [9]
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M. Tarquitius Priscus[1] descendait peut-être de C. Tarquitius Priscus qui se trouvait aux côtés de Sertorius à la bataille de Lauro[2], et B. Rémy suggère d’en faire un membre d’une famille sénatoriale de Caere[3]. Il apparaît pour la première fois dans nos sources comme un complice d’Agrippine. Il accusa pour son compte Statilius Taurus, dont il avait été le légat en Afrique en 52-53[4], en lui imputant des concussions mais aussi des délits religieux[5]. Déjà discrédité par son rôle de délateur agent d’Agrippine, le suicide de Taurus attira sur Priscus la haine des sénateurs. Lors d’une séance du Sénat, les patres parvinrent à le chasser malgré le soutien de l’impératrice et peut-être même de l’empereur. En effet, J. Heurgon a pu montrer que Priscus était l’héritier d’un grand représentant de l’Etrusca disciplina et qu’il était sans doute un conseiller de Claude en matière de religion[6]. Cependant, nous retrouvons Priscus comme proconsul de Bithynie quelques années plus tard[7], sous le règne de Néron, puisqu’il fut condamné en 61 de repetundis[8]. Un tel gouvernement impliquait le statut sénatorial de Priscus et donc sa restitution entre 53 et 59 au plus tard. Les historiens ont ainsi supposé qu’il avait été exclu par les sénateurs à l’issue du procès de Taurus mais rappelé par Néron, peut-être à la demande d’Agrippine qui exerçait une grande influence sur lui au début du règne et qui n’avait pas oublié son complice[9]. Toutefois, le terme utilisé par Tacite pour désigner l’exclusion est assez flou, exigere, qui signifie plutôt une expulsion mouvementée qu’une dégradation[10]. Est-ce à dire que, comme ce fut le cas vingt ans plus tard pour Sariolenus Vocula[11], les sénateurs avaient contraint Priscus à quitter la curie ? Contrairement à Vocula qui avait été condamné au préalable pour parjure, Priscus aurait seulement été chassé de la curie par des sénateurs furieux à l’annonce de la mort de Taurus et que Claude n’avait pas réussi à calmer. Une telle expulsion était indéniablement humiliante et il était difficile de revenir siéger au Sénat, mais avec l’appui du Prince et peu d’amour propre, cela n’était pas impossible après avoir laissé le temps à la colère de retomber. La dégradation ne pouvait être prononcée que par Claude ou par un vote d’exclusion du Sénat, or le verbe exigere n’indique certainement pas la première procédure et difficilement la seconde. Il nous semble donc qu’il faille être plus prudent quant à l’exclusion du Sénat de Priscus en 53. En réalité, le plus probable est qu’il fut simplement chassé lors d’une séance houleuse sans être dégradé pour autant.
M. Tarquitius Priscus géra ensuite le proconsulat de Pont-Bithynie, apparemment en respectant le délai légal, signe que sa carrière ne souffrit pas de cet épisode. À son retour, il fut accusé de repetundis et condamné. Les sénateurs se réjouissaient de cette condamnation car, parmi les peines prévues par la loi Julia, figurait l’exclusion du Sénat[12]. La joie des patres provenait du souvenir du suicide de Taurus et de l’indignation du retour au Sénat de ce délateur complice d’Agrippine[13]. Celle-ci, tombée en disgrâce et bientôt assassinée, ne fut d’aucun secours à Priscus. Nous perdons la trace de ce dernier et n’en avons aucune sur d’éventuels descendants.
[1] Le nom complet apparaît sur des monnaies de Nicée : Burnett & alii 1992, n° 2057-2059.
[2] Front., Str., 2, 5, 31.
[3] Rémy 1989, p. 29, n° 14.
[4] Thomasson 1996, p. 104, n° 4.
[5] Tac., Ann., 12, 59. Voir Bleicken 1962, p. 160 n° 9.
[6] Heurgon 1953. À la note 1, p. 415 J. Heurgon propose même de faire de Priscus un adlectus recruté par Claude lors de sa censure de 47.
[7] Magie 1950, p. 1591 ; Thomasson 1984, col. 244-245, 27/13 et Rémy 1989, p. 29, n° 14.
[8] Tac., Ann., 14, 46, 1.
[9] Ainsi M. Fluss, RE, 4A/2, 1932, col. 2394, n° 9 s. v. Tarquitius ; Maggie 1950, p. 1421 n. 69 ; Heurgon 1953, p. 415 n. 1 ; Rémy 1989, loc. cit. ; Rivière 2002, p. 547, n° 71 ; A. Strobach, PIR², 8/1, Berlin, 2009, p. 8, T 25.
[10] L’Oxford Latin Dictionary, p. 642 s. v. Exigo donne comme premier sens « To drive or compel to go out » et le TLL, V/2, col. 1448: « pellendo : i. q. expellere, eicere, abigere ».
[11] Cf. notice n° 131.
[12] Cf. Bur 2018, chapitre 10.9.
[13] Cette joie s’accorde aussi bien avec l’hypothèse d’une restitution que d’une non-exclusion en 53 et ne permet pas de trancher.
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2026-01-02



