Visage
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资源简介:
Dans la hiérarchie morale de la géographie du corps, le visage (avec les organes sexuels) incarne la valeur la plus élevée. Toute blessure à son propos est vécue dramatiquement à la différence d’atteintes ailleurs dans le corps. On parle de défiguration pour une altération sérieuse du visage, il n’existe aucun équivalent pour les mains, les jambes, la poitrine, etc. La défiguration des traits altère la figuration sociale de l’individu (Le Breton 2014). Dans nos sociétés contemporaines en effet, le visage est le lieu de la reconnaissance mutuelle, le visage est nu et offre au jugement des autres des traits qui identifient. À travers eux nous sommes reconnus, nommés, jugés, assignés à un sexe, à un âge, une couleur de peau, nous sommes aimés, méprisés, ou anonymes, noyés dans l’indifférence de la foule. Entrer dans la connaissance d'autrui implique de lui donner à voir et à comprendre un visage nourri de sens et de valeur, et faire en écho de son propre visage un lieu égal de signification et d'intérêt. La réciprocité des échanges au sein du lien social implique l’identification et la reconnaissance mutuelle des visages, support essentiel de la communication. Dans nos sociétés individualistes, la valeur du visage s’impose là où la reconnaissance de soi ou de l'autre se fait à partir de l'individualité et non sur l'appartenance à un groupe ou à la position au sein d'une lignée. La singularité du visage répond à celle de l'individu, artisan du sens et des valeurs de son existence, autonome et responsable de ses choix. Il n’est plus l’homme ou la femme du « nous autres » comme souvent dans les sociétés traditionnelles, mais du « personnellement moi, je ». Pour que l'individu prenne socialement et culturellement sens, il faut un lieu du corps pour le distinguer avec une force suffisante, un lieu suffisamment variable dans ses déclinaisons pour signifier sans ambiguïté la différence d'un individu à un autre. Il faut le corps comme marque de la limite de soi avec le monde extérieur et les autres, le corps comme frontière de l'identité. Et il faut le visage comme territoire du corps où s'inscrit la distinction individuelle (Le Breton 2016 ; 2014). Nul espace du corps n'est plus approprié pour marquer la singularité de l'individu et la signaler socialement. « Peut-être, dit Simmel, des corps se distinguent-ils à l'œil exercé aussi bien que les visages, mais ils n'expliquent pas la différence comme le fait un visage » (Simmel 1988 : 140). De l’enfant au vieillard, d’un bout à l’autre de l’existence, demeure dans le visage un air de ressemblance, un mystère qui souligne la fidélité à soi. Le visage est signification, traduisant sous une forme vivante et énigmatique l'absolu d'une différence individuelle pourtant infime. Écart infinitésimal, il invite à comprendre le mystère qui se tient là, à la fois si proche et si insaisissable. Il demeure unique parmi l'infini des déclinaisons possibles sur un même canevas simple. L'étroitesse de la scène du visage n'est en rien une entrave à la multitude des combinaisons. Une infinité de formes et d'expressions naissent d'un alphabet d'une simplicité déconcertante : des mimiques construites par l’éclat et la direction du regard, un front, des lèvres, etc. Certes, le visage relie à une communauté sociale et culturelle par le façonnement des traits et de l'expressivité, ses mimiques et ses mouvements renvoient à une symbolique sociale, mais il trace une voie royale pour démarquer l'individu et traduire son unicité. Plus une société accorde de l'importance à l'individualité, plus grandit la valeur du visage. Sans visage pour l’identifier n’importe qui ferait n’importe quoi, tout serait égal, la confiance serait impossible, l’éthique n’aurait plus aucun sens. Un individu masqué devient un invisible, n’ayant plus de compte à rendre à personne puisque nul ne saurait le reconnaitre. Comme le dit ironiquement un personnage de Kôbô Abé, dans La face d’un autre, il « n’y aurait plus ni voleur, ni agent de police, ni agresseur, ni victime. Ni ma femme, ni celle de mon voisin ! ». Poursuivant sa rêverie, il imagine la commercialisation d’une multitude de masques, et il en déduit la subversion qui saisirait le lien social. Doté de ces masques, nul ne saurait plus qui est qui, avec même la possibilité de changer de masques plusieurs fois par jour. La notion d’individu se dissout au profit de celle de personne (persona : masque, en latin). Impossible de concevoir un monde sans visage sans l’appréhender comme un univers de chaos. Pour fonder le lien social il faut la singularité des traits pour que chacun puisse répondre de ses traits et être reconnu de son entourage. Un monde sans visage, dilué dans la multiplicité des masques, serait un monde sans coupable, mais aussi sans individus. La valeur à la fois sociale et individuelle qui distingue le visage du reste du corps se traduit dans les jeux de l'amour par l'attention dont il est l'objet de la part des amants. Il y a dans le visage de la personne aimée un appel, un mystère, et le mouvement d’un désir toujours renouvelé. Les amants peuvent ainsi se perdre dans une longue contemplation. Mais les significations qui les traversent sont inépuisables. Les yeux demeurent toujours au seuil de la révélation et se nourrissent de cette attente. Le visage parait toujours le lieu où la vérité est en imminence de dévoilement. Et sans doute, la fin d'une relation amoureuse pour un couple témoigne-t-elle aussi de la banalité mutuelle qui a saisi les visages, l'impossibilité dès lors de quêter le mystère sur les traits de l'autre. Le sacré s’est peu à peu profané au fil de la vie quotidienne, il a perdu son aura. Mais tant que l'intensité du sentiment demeure, le visage se livre à la manière d'une clé pour entrer dans la jouissance de ce qu'il est. Là où l'amour élève symboliquement le visage, la haine de l'autre s'attache à le rabaisser, à le piétiner. Parce qu’il est le lieu par excellence du sacré dans le rapport de l'homme à soi et à l'autre, il est aussi l'objet de tentatives pour le profaner, le souiller, le détruire quand il s'agit d'éliminer l'individu, de lui refuser sa singularité. La négation de l'homme passe de manière exemplaire par le refus de lui accorder la dignité d'un visage. Des expressions courantes le révèlent : perdre la face, faire mauvaise figure, ne plus avoir figure humaine, se faire casser la figure ou la gueule, etc. L'insulte animalise le visage ou le traîne dans la boue : face de rat, gueule, trogne, tronche, etc. De même le propos du raciste mondain évoquant avec complaisance le « faciès » de l'étranger, et ne pensant pas un seul instant que d’autres pourraient parler de lui dans les mêmes termes. Seul l’autre a un faciès. Ce sont là autant de procédures de destitution de l'homme qui exigent symboliquement qu'on le prive de son visage pour mieux le rabaisser. La volonté de suppression de toute humanité en l'homme appelle la nécessité de briser en lui le signe singulier de son appartenance à l'espèce, en l'occurrence son visage. L’exercice de la cruauté est favorisé par le fait d’animaliser l’autre, de le bestialiser, de le destituer de son humanité, à commencer par le fait de lui dénier un visage afin de mieux le voir comme un « pou », un « insecte », une « vermine », un « rat »... L’autre est d’une espèce radicalement étrangère et ne relève plus de la condition humaine, il n’y a plus aucun obstacle au fait de le torturer ou de le tuer. Le racisme pourrait se définir par cette négation et l'imposition d'une catégorie dépréciative qui définit par défaut tout individu à la manière d'un « type » et indique déjà la conduite à tenir à son égard (« le Juif », « l'Arabe », etc.). La différence infinitésimale qui distingue l’individu singulier et le nomme, est anéantie. Privé de visage pour dire sa différence, il se mue en élément interchangeable d'une catégorie vouée au mépris. On lui prête seulement ce masque déjà funéraire qu'est le portrait-robot, ou la caricature comme ces physiognomonies raciales qui eurent leur période de gloire lors du nazisme, mais continuent insidieusement à répandre leur prêt-à-penser. L’autre n’a plus visage humain. Il a le physique de l’emploi, comme dit l’adage populaire. Son sort en est jeté : ses dehors physiques révèlent son intérieur moral et disent dans le vocabulaire de la chair son tempérament, ses vices cachés, ses perfidies. Toute l’entreprise physiognomonique ou morphopsychologique vise à détruire l’énigme du visage pour en faire une figure, une géométrie, et finalement un aveu (Le Breton 2014). La sagacité prétendue du physiognomoniste lève le masque. Son ambition est de dégager en une formule la vérité psychologique de l'homme ou de la femme assis devant lui. Après l'avilissement du visage, il ne reste qu'à passer aux actes. Le racisme n'est jamais pure opinion, mais anticipation du meurtre qui commence déjà dans le fait de la liquidation symbolique du visage de l’autre.
在身体各部位的道德层级秩序中,面部(与性器官)承载着最高的价值。与之相关的任何损伤都会引发强烈的情绪反应,这与身体其他部位受到伤害时的体验截然不同。对于面部的严重损伤,我们称之为面部毁容(défiguration),而手部、腿部、胸部等部位的严重损伤则没有对应的专属称谓。面部特征的损毁会改变个体的社会身份(勒布勒东(Le Breton)2014)。
事实上,在当代社会中,面部是人们相互识别的核心场域:面部是裸露的,它向他人的评判呈现出可供辨识的特征。通过这些特征,我们被认出、被命名、被评判,被赋予性别、年龄与肤色;我们会被喜爱、被轻视,或是沦为无名之辈,淹没在人群的漠视之中。与他人建立认知联结,意味着要向对方展现并传递一个承载着意义与价值的面部形象,同时也需将自身的面部打造为同等意义与价值的场域,以形成呼应。社会联结中的互惠性交流,依赖于双方对彼此面部的识别与相互认可,这是沟通的核心支撑。
在我们的个人主义社会中,面部的价值凸显于这样的场景:对自我或他人的认可,源自个体独特性,而非基于群体归属或家族谱系中的身份地位。面部的独特性与个体的独特性相呼应:个体是自身存在意义与价值的缔造者,自主且为自身选择负责。个体不再像传统社会中那样,是“我们”群体中的一员,而是“我,作为独特的个体”。
若要让个体在社会与文化层面获得意义,就需要身体的某个部位作为足够有力的区分标识,这个部位的形态变化足够丰富,能够清晰无误地彰显个体间的差异。身体是划定自我与外部世界、与他人边界的标志,是身份的边界;而面部则是身体上承载个体独特性的专属场域(勒布勒东(Le Breton)2016;2014)。身体的其他任何部位,都无法像面部这般适宜于彰显个体的独特性并将其传递至社会层面。齐美尔(Simmel)曾言:“或许训练有素的目光也能像辨别面部一样区分不同的身体,但身体无法像面部那样诠释个体间的差异”(齐美尔1988:140)。
从孩童到耄耋老者,在人生的整个历程中,面部始终保留着一种标志性的相似感,这份神秘恰是对自我忠诚的彰显。面部本身便是意义的载体,以生动又神秘的形式,诠释着个体差异那近乎无穷细微的绝对性。这份微乎其微的差异,却引导着人们去探寻潜藏其中的神秘:它既近在咫尺,又难以捉摸。在这张简单统一的画布上,尽管面部的表现范围有限,却能衍生出无穷无尽的可能组合。面部场景的狭小丝毫不会限制丰富的变化:一套简单得令人惊讶的“面部字母表”便能催生出无数形态与表情——由目光的亮度与方向塑造的面部动作、额头、嘴唇等等。
诚然,面部通过特征与表现力的塑造,将个体与社会文化社群联结起来,其面部动作与表情承载着社会符号体系的内涵,但同时,它也开辟了一条彰显个体独特性、诠释个体唯一性的核心路径。一个社会越重视个体独特性,面部的价值便越高。
若没有可用于识别的面部,任何人都可以为所欲为,一切都将归于平庸,信任不复存在,伦理也将失去意义。戴上面具的个体将沦为隐形人,无需向任何人负责,因为无人能够识别其身份。正如安部公房(Kôbô Abé)在《他人的脸》(La face d’un autre)中借角色之口讽刺道:“世上将不再有小偷、警察、施暴者与受害者。既不会有我的妻子,也不会有邻居的妻子!”。在他的幻想中,他设想了批量商业化的各类面具,并由此推演出这种产品将对社会联结造成的颠覆。戴上这些面具后,无人能再分辨彼此,人们甚至可以一天更换多次面具。“个体”的概念将消解,取而代之的是“角色”(persona:拉丁语,意为面具)。人们无法想象一个没有面部的世界,除非将其视为一片混沌的宇宙。
要构建稳固的社会联结,就需要面部特征的独特性,让每个人都能以自身的特征为标识,并被周遭人群所认可。一个没有面部的世界,淹没在无数面具之中,将不再有罪犯,却也不再有个体。面部区别于身体其他部位的社会与个体双重价值,在情爱关系中体现为恋人对其倾注的专属关注。
在所爱之人的面部中,藏着一种呼唤、一份神秘,以及不断涌动的欲望。恋人们可以就此沉浸在漫长的凝视之中,而其中承载的意义无穷无尽。双眼始终伫立在真相揭晓的门槛上,饱怀着这份期待。面部仿佛永远是真理即将被揭晓的场域。诚然,一段恋爱关系的终结,也往往意味着双方对彼此面部的熟悉已沦为平淡,再也无法从对方的特征中探寻那份神秘。神圣感在日复一日的日常生活中逐渐被亵渎,失去了其光晕。但只要情感的浓烈尚存,面部便会像一把钥匙,为人们开启享受其本身的大门。
正如爱情从象征层面抬高了面部的价值,对他人的憎恨则致力于贬低、践踏面部。由于面部是人与自我、与他人建立关系时神圣性的核心场域,因此当人们试图消灭个体、剥夺其独特性时,面部便会成为被亵渎、玷污乃至摧毁的目标。对人的否定,最典型的体现便是拒绝赋予其作为人的面部尊严。
日常用语便揭示了这一点:“丢脸”“出洋相”“不再像人”“被打烂脸”等等。侮辱性言辞会将他人的面部兽化或踩入泥沼:如“鼠脸”“嘴脸”“丑脸”“蠢脸”等。同样,那些世俗的种族主义者洋洋得意地谈论着“外来者的面相(faciès)”,却从未想过他人或许会用同样的言辞评价自己。唯有“他者”才配有“面相”。这些皆是剥夺人之为人属性的手段:从象征层面看,就是通过剥夺其面部来更好地贬低他。
若要彻底消除个体身上的人性,就必须摧毁其作为人类成员的独特标识——也就是他的面部。施虐行为往往始于将他者兽化、剥夺其人性,而第一步便是否认其拥有面部,从而将其视为“虱子”“昆虫”“害虫”“老鼠”……他者被视为完全异质的物种,不再属于人类范畴,那么对其施以酷刑或杀戮便不再有任何阻碍。
种族主义可被定义为这种否定行为,以及强加一种贬低性的分类:这种分类默认将所有个体归类为某一“类型”,并预先规定了对待该类个体的方式(如“犹太人”“阿拉伯人”等)。区分独特个体并赋予其身份的细微差异,就此被彻底抹杀。个体因失去彰显差异的面部,沦为可被随意替换的、遭人鄙夷的群体成员。人们仅会赋予他一副早已冰冷的面具:如通缉犯画像,或是种族主义漫画——这类种族面相学在纳粹时期曾盛极一时,如今仍在暗中传播着预设的思维定式。他者不再拥有人类的面部。正如民间谚语所说,他拥有的只是“功能性的躯壳”。其命运早已注定:外在的身体特征揭示了其内在的道德品性,以肉身的语言道出了其性情、隐藏的恶习与背信弃义。
所有面相学或形态心理学的研究,都旨在消解面部的神秘性,将其转化为一种可被定义的形态、一种几何结构,最终成为一份供认书(勒布勒东(Le Breton)2014)。自诩精明的面相学家声称能揭开面具,其目标便是用一句话总结出眼前男女的心理真相。在对面部进行贬低之后,接下来便是付诸行动。种族主义绝非单纯的观点,而是早已潜藏的谋杀意图:这种意图始于对他者面部的象征性消解。
提供机构:
Editions des archives contemporaines (EAC)
创建时间:
2017-12-14



